dimanche 13 septembre 2009

L'étalonnage comme une chorégraphie



Dernièrement j’ai fais l’acquisition d’un pupitre Tangent CP 300 Wave. Annoncé il y an il est sorti avec la version 1.5 de Color .... Le premier contact a été peu déroutant, car les potars et les touches font un peu camelote ! Mais comme ce pupitre est 5 fois moins cher que le haut de gamme, on accepte la chose !!!


Avec le pupitre, étonnamment les gestes sont plus analogiques qu'avec le stylet et la tablette graphique. Avec le pupitre, les mains, les doigts sont en mouvement, comme un peintre. Et on découvre avec plaisir que productivité rime avec qualité : on va plus vite en faisant mieux. Les corrections, mais aussi la démarche gagnent en subtilité, car la précision des trackballs et des potars renforcent le temps de l'analyse, de la réflexion. Mais le pupitre n'est pas seulement un outil de productivité mais aussi un facteur de créativité, car combinant deux mouvements, le balancement entre basses, hautes lumières et tons intermédiaires se fait d'une manière intuitive, fluide, en une suite de mouvements précis et souples, une chorégraphie de la correction colorimétrique en quelque sorte.

lundi 24 août 2009

Lumière morte



Parfois les Courts Métrages relèvent plus de l'A.R.N (Atelier de Réparation Numérique) que de l'étalonnage !!!

L'histoire est là, la réalisation est là, les acteurs sont là, le cadre est là , mais la lumière, elle, n'y est pas (ainsi que le Directeur de la Photographie !)

Balance des blancs hasardeuse, haute lumière cramée, ombres non débouchées, face à cette hécatombe de la lumière, difficile de ramener à la vie cette lumière, de lui insuffler une beauté perdue.


Loin de moi l'idée de jeter la pierre aux Réalisateurs de CM, ils font avec le peu de moyens qu'ils ont, et la chose primordiale est de faire, être dans le mouvement, avancer.


Non ce qui me trouble, c'est que la lumière semble être la dernière roue du carrosse, alors que c'est par elle que l'image née, qu'elle est l'essence de la vision, l'esthétique de la narration.

Et ce qui m'étonne c'est d'imaginer que l'étalonnage pourra résoudre cette absence de lumière ou l'absence de sa maîtrise. Comme si le numérique était doué d’un pouvoir magique qui ferait ressusciter des morts la lumière !


dimanche 28 juin 2009

Le silence des images



Dans l'étalonnage on est au coeur de l'image et au bord de l’histoire qu’elles transmettent. Le travail sur les plans amène une vision fragmentaire de l’histoire. L'histoire est vu au travers des couleurs , de la luminance, de la saturation, du gamma. La continuité dramatique est remplacé par l'homogénéisation des ambiances. Il y a une certaine jubilation à cultiver cette dichotomie, intimité de l’image / distance de l’histoire. Biens sûr, il faut regarder le film avant de l’étalonner, mais à un certain moment, l’histoire s'efface devant l’image qui devient matière à travailler, à modeler. Quand on étalonne on ne voit pas l’histoire, on la perçoit, au travers de sa matière. L'absence de son renforce cette sensation, on est dans la perception, le silence des images.

L’indécise perception



Le flou optique reste d'une beauté supérieur à ces pâles imitations numérico-photoshopiennes (!) Le flou d’un 35 mm est différent de celui d’un 200 mm, et les différentes ouvertures offrent une multitude de variations, de possibles. Dans l’univers mathématique, La logique floue relève de l’incertitude, de l’imprécision, d’états multiples. Le flou optique c’est cela aussi, l’imprécision du regard, l’indécise perception, qui ravit autant l’oeil que l’imaginaire. Les plans de netteté (règle de Scheimpflug) accessibles en photo et maintenant en vidéo (via le Canon 5D MK II) avec l’usage des objectifs à bascule/décentrement (Tilt/Shift) connaît une sorte d'engouement d’usage pour réaliser des photos ou des plans qui donnent l’impression de “miniatures”. Cet engouement se transforme via Internet en une d’hystérie esthétique collective où le sens du flou se dissout, se perd, pour n’être qu’une esthétique marchande qui est visiblement ce qu’elle est essentiellement, une création sans désir.

La disparition



Joli étalonnage du court “Les Sentiers de l’Aube” (Réalisateur Mathieu Raab), car conversion en Noir et Blanc et avec une ambiance différente pour chacun des 12 plans séquences.

J’avais imaginé (naïvement je le confesse !) que le passage en N&B se ferait d’une manière assez uniforme en terme de Secondaire et de CFX. Mais l’absence de couleur obéit à des ressentis et non à des lois : ici sur ce plan il faudra jouer sur les courbes et la désaturation, là bas sur cet autre plan il faudra intégrer en amont un Bleach bypass avant la désaturation. Comme toujours, l’absence , la disparition que ce soit de Couleur ou de l’Amour reste un passage difficile où l’on apprend.

Jean Luc Godard et le Canon 5D MK II



Du lundi 22 juin au mercredi 24 juin premier vrai tournage avec le Canon 5D MKII avec la mise à jour du firmware qui permet un mode entièrement manuel en vidéo.
Quel bonheur ! :-))) Quel bonheur de retrouver la profondeur de champs, le flou, le net, l'entre-deux. Renouer avec le subtil, le presque, l’intime de la construction de l‘image.

Certes la Red possède intrinsèquement la meilleure qualité d’image, les rushes du Canon 5D MK II sont en H264, mais en terme de prix, de maniabilité le Canon 5D MK II est l’outil caméra des indépendants dans la lignée de feu la Aaton 8/35.

Car difficile de ne pas penser à cette caméra née d’une manière éphémère de l’improbable rencontre de JL Godard et JP Beauvalia ( A relire le mythique (!) entretien intitulé “La genèse d’une caméra” dans les Cahiers du Cinéma N° 348 et 350 de 1983). Plus que la Red le Canon 5D MK II va être l’outil d’une nouvelle étape esthétique et créative dans le cinéma indépendant.

Le seul regret est que le Canon 5D MKII est né d'une réflexion marketing et non d’un désir d’image comme les Aaton, car on ne filme pas qu’avec un outil, on film avec l’idée de l’image qu’il incarne.

Photo (celle de gauche !) Raymond Depardon, publiée avec l’aimable autorisation de Jean Pierre Beauvalia.

mercredi 6 mai 2009

Les passeurs de lumière numérique



Vassily Kandinsky était il étalonneur ou chef opérateur ?

Lazlo Moholy Nagy était il étalonneur ou chef opérateur ?

Alexander Mikhaïlovitch Rodtchenko était il étalonneur ou chef opérateur ?

Alexandra Exter était elle étalonneuse  ou chef opérateur ?

Non ils/elles étaient peintres, photographes comme maintenant mais ils vivaient la lumière comme une aventure, un engagement. Une exploration.

Une théorie aussi. La lumière était au service de l'expression et non de la seule narration. C'était une matière en tant que telle, elle n'était pas que technique mais philosophie, mais écriture, mais mystère.

Avant eux, les faiseurs de vitraux du moyen-âge possédaient cette mystique. Les vitraux étaient une sorte d'étalonnage temps réel de la lumière (divine !). Aujourd'hui les chef opérateurs et les étalonneurs sont-ils, du moins quelque fois,  les maîtres verriers des temps numériques,  les passeurs de lumière des vitraux video ? 

( A lire le livre de Bernard Tirtiaux : Le passeur de lumière,  Nivard de Chassepierre Maître Verrier / Folio )