dimanche 19 mars 2017

Cadrer c’est écrire

Découverte du film « Chemin de croix » de Dietrich Bruggeman ; au delà de l’histoire, la quête d’absolu d’une adolescente élevée dans une famille catholique intégriste, servie par une interprétation sidérante de la comédienne Lea van Acken qui joue le rôle de cette adolescence, c’est la forme qui m’a troublé. 

Le film est structuré en 14  séquences, rappelant les 14 étapes du Chemin de croix. Chaque séquence est un plan fixe, filmée en CinémaScope 2:35, qui fait de chaque séquence autant de tableaux. Cette fixité, cette simplicité donne une image puissante, profonde. Elles donnent un cadre, un territoire aux mots, au sens, aux émotions pour qu’elles puissent y naître et s’épanouir au regard. Cadrer ce n’est pas poser la caméra, c’est se poser des questions. Cadrer ce n’est pas seulement voir une image, c’est aussi l’écouter, la ressentir. Cadrer c’est écrire.

lundi 20 février 2017

Les tombes de l’oubli






























Quasiment après les accords de Postdam en Aout 1945, divisant l’Allemagne vaincue en 4 zones d’occupation, pour les Américains l’Allemagne passe du statut d’ennemi à celui d’allié. Alliés contre le Communisme de Staline  mais aussi tête de pont du marché Américain en Europe. En effet, le Plan Marschall de 1947 impliquait l’importation de produits Américains du montant du prêt accordé. Par contre l’aide matérielle et de  nourriture  (Prêt-bail) accordée par les Américains à l’URSS cesse elle dès le 11 mai 1945. 

Certes le Communisme Stalinien est à honnir car partageant des modèles, des actions, des buts identiques au Nazisme en terme de dictature, mais les Américains oublient  bien trop vite les sacrifices humains de l’URSS (13 millions de Civils et  8 millions de pertes militaires), leur territoire ravagé par la politique de terre brûlée. Ils ne cherchent pas à dialoguer ne serait ce que par respect pour ces sacrifices, alors que ces derniers ont grandement facilité  leur progression en Europe, y compris lors de la Bataille des Ardennes où les Anglo Américains ont, sans vergogne, demandés aux Soviétiques d’accentuer leur pression sur la Wehrmacht en Hongrie pour soulager le front occidental.

Cette rapidité du basculement d’ennemi à allié de lL’Allemagne, n’est en fait qu’une continuation de l’attitude Anglo Américaine durant la guerre (et c’était la lubie du grand Démocrate Winston Churchil « de contenir ces barbares Russes »)  : confiner l’URSS le plus à l’Est possible quitte à s’allier avec l’Allemagne et ses généraux « honnêtes » comme Rommel, un peu comme la volonté Américaine de gérer la France,  après la victoire, avec un régime de protectorat (A.M.G.O.T) »  en s’associant avec des Vichystes « bon teint » : comme les généraux Weygand et Giraud et l’amiral Darlan,  Evidement cette réflexion ne diminue en rien les mérites des soldats et des officiers alliées qui ont combattu, sans être au courant des intrigues et machinations de leurs Gouvernements.


Cette rapidité de changement de statut a aussi une répercussion sur la rigueur, la profondeur de la dénazification de la société Allemande. Il a bien eu les procès de Nuremberg en 1945/1946, la tentative du « Questionnaire » qui devait classer les Allemands en 5 catégories en terme d’adhésion à l’idéologie Nazi, mais devant la complexité de mise ne oeuvre, la difficulté de vérifier  les réponses,  cette démarche fut abandonnée, la priorité étant la remise en marche de l’économie Allemande.

Ainsi ce qui sera l’Allemagne de l’Ouest, la RFA,  se reconstitue en intégrant en son sein, les ex nazis, comme un mal nécessaire pour rétablir la prospérité en Europe, condition du déploiement du marché Américains en son sein, et aussi moyen de faire  barrage au Communisme Stalinien… C’est dans cette démocratie balbutiante, issue de 15 ans de National Socalisme, que dès les années 50 les  généraux de l’ex Wehrmacht forgeront le mythe de la Wehrmacht chevaleresque, étrangère aux crimes de guerre, rejetant la responsabilité sur la SS. C’est aussi dans cette période que les réseaux d’entraides des anciens SS, recyclent leurs membres dans les administrations, les instituons, les entreprises. Car la SS n’était pas seulement les Waffen SS,  la partie combattante, qui a forgé dans notre mémoire l’image du SS violent, exalté, sans foi ni loi. Les SS c’était aussi la Haute Administration Nazie qui créait, planifiait, administrait, mettait en oeuvre en oeuvre la Solution finale,  la Politique de famine à l’Est, les Lois Raciales, l’industrie de guerre.… Ces SS étaient des universitaires, des docteurs en droit, en économie,  des professeurs , des ingénieurs qui se sont recyclés sans réels problèmes dans l’Economie Allemande de l’après guerre. 

L’Allemagne n’a pas expié ses crimes, elle les a refoulés dans sa réussite économique. Après le pont aérien en 1948 pour ravitailler Berlin bloqué par le blocus Soviétique faisant suite à la décision de la création de la nouvelle monnaie, le Deutsche Mark, les Etats Unis se posent en libérateur face aux Soviétiques, forgeant le mythe qu’ils sont les libérateurs de l’Europe, les vainqueurs des Nazis, un story-telling hollywoodien, une oeuvre de propagande qui efface des consciences les sacrifices Soviétiques.

Au sein de la Société Allemande et cela est à sa décharge, il y a eu différentes démarches pour souligner cette intégration d’anciens Nazis dans la société et les entreprises d’après guerre. Le « Livre Brun » édité en 1965 par la RDA donnait le nom de 1800 nazis à différents postes dans l’Administration l’Armée, la Justice les Sciences de la RFA. Considéré à l’époque par l’Ouest comme un oeuvre de propagande, cette liste et ces faits se sont avérés évidement exacts…En 1997, l’exposition de l’Institut d’’Histoire de Hamburg « Les crimes de la Wehrmacht » qui récusait preuves à l’appui le mythe d’une Wehrmacht chevaleresque, d’une armée propre sans participations aux crimes de guerre souleva un tollé général …. Plus proche de nous l’article de Peter Jahn de « Die Zeit » en 2007 soulignant le rôle primordial de l’URSS dans la défaite Nazie et rendant hommage aux sacrifices Soviétiques…. et les historiens Allemands qui sans cesse explorent les méandres du Nazisme, de leur Histoire…

On ne peut que saluer ces démarches, en France la Haute Administration un peu, beaucoup, collaborationniste a été aussi recyclée après guerre, comme par exemple Maurice Papon, préfet collaborationniste, qui  est devenu préfet de Police à Paris en 1958 et ministre du Budget du gouvernement Raymond Barre (1978 à 1981). Il a fallut du temps pour pouvoir parler du rôle de la police Française dans la déportation des Juifs (Le chagrin et la pitié , 1974) et on attend toujours ( et on peut attendre encore longtemps..) une exposition sur les crimes de la Milice Française et celle de l’Armée de la République en Algérie.

Cette dénazification  superficielle, la réécriture de l’Histoire faisant des Américains  les vainqueurs du Nazisme et les libérateurs de l’Europe  ont fait que le refoulement des crimes resurgit sous la forme de névroses,  comme l’attrait, voire la fascination, pour la Wehrmacht,  les SS, invincibles guerriers injustement mis au pilori, que l’on peut trouver, sans même aller dans le « dark web » sur certain groupes utilisateurs de Facebook ou des blogs de Tumblr.  

Ou bien l’ignorance, certainement en partie idéologique, qui fait que l’article « Génocide » de Wikipedia comporte une entrée pour la « Terreur rouge » des Bolcheviques et une autre pour le massacre des  Haïtiens en 1937 en République Dominicaine,  mais aucune pour les 13 millions de mort civils Soviétiques, pourtant victimes d’une colonisation génocidaire dans ses objectifs et ses moyens. (La politique de la Famine- édicté par Herbert Bracke, l’Ost Plan, les directives de combat de la Wehrmacht,  la planification des  actions des Einzagruppen)….
Bien peu de livres d’histoire français évoquent cela (il y a des exceptions, comme le remarquable livre de Christian Baechler «Guerre et exterminations à l'Est : Hitler et la conquête de l'espace vital 1933-1945 » Editions Taillandier), et  il faut se tourner vers les historiens Américains, Anglais et Allemands (un comble !), pour y trouver, études, analyses, recherches sur la réalité de la  guerre à L’Est.

L’incommensurable sacrifice humain et matériel des Soviétiques, les seuls vainqueurs du Nazisme, est tombé dans l’oubli des consciences et a été effacé de la mémoire des peuples à qui ils doivent la liberté, par un mensonge érigé en dogme d’Etat :  les Américains ont vaincus le Nazisme et libérés l’Europe. Les victimes Soviétiques sont ensevelies dans les tombes de l’oubli ; fleurissons les de notre souvenir, qu’elles sachent qu’au delà du temps, nos âmes pensent aux leurs et  que nous veillons sur elles.

samedi 18 février 2017

La beauté hasardeuse de la réalité


L’approche du Foveon, le capteur qui équipe les Sigma est de transformer les grains d’argent du film argentique en grain numériques, c’est une approche philosophique, douce, qui respecte la lumière car il ne fait que la recueillir. L’autre technique, utilisée majoritairement dans les appareils et les cameras numériques, le capteur avec filtre de Bayer a été crée par un ingénieur (W.Bayer) travaillant chez Kodak en 1970. C’est une approche technologique, mathématique, dure, qui ne respecte pas la lumière, puisque il va reconstituer la totalité de la réalité à partir d’un échantillonnage de 30% via sa mosaïque RVB.
Les algorithmes « debayerisant » ont beau être complexes et puissants ils n’en sont pas moins simplistes et faibles par rapport à la réalité, à sa beauté hasardeuse. Ces algorithmes ne connaissent que les pixels adjacents du pixel qu’il sont en train de calculer, il n’y aucune vison d’ensemble d’une zone. Ils voient la réalité par le petit bout de la lorgnette. Les aplats de couleur plus ou moins marqués sont les plus interpolés, car l’échantillonnage de la vraie couleur est plus faible et donc nécessite le plus d’interpolation. Même avec des approches de « gradient bidirectionnels », le « nec plus ultra » actuel des algorithmes de debayerisation, la restitution des subtilités est bien moindre et bien loin de la réalité.
La beauté est analogique et complexe et le Foveon captant l’ensemble de la couleur vraie, capte ainsi les subtiles variations d’intensité, de lumière, d’ombre, leur relations spatiales et leurs mille et une imperfections, restituant ainsi la richesse de l’agencement des subtilités de la lumière du sujet. Avec un filtre de Bayer, puisque l’on déduit, interprète les couleurs à partir d’un échantillon de 30% de la réalité, ces subtilités vont être gommées, lissées, réduites. L’image perd donc la richesse de sa subtilité originelle, elle va être remplacé pas une subtilité approximative, car lissée et de ce fait proposera à notre regard un ersatz de réalité, en simplifiant sa complexité et sa beauté.
Le filtre de Bayer est insensible au hasard des reflets de lumière, à celui des interactions de la géométrie des lentilles et de celle des formes de l’arrière plan, aux imperfections du rendu des lentilles, à la densité de l’air, à la légèreté de la pénombre, au mouvement indistinct de la brise, à l’irisement mystérieux des flous, à l’insensée fusion de la lumière et du flou, à la transcendance spéculaire des formes et des imperfections de sujet, à l’égarement de la pensée au moment de la prise de vue. 
Le capteur Foveon, lui capte tout cela, il appréhende la réalité, son hasard, ses imperfections, ses surprises, ses oublis. Ce qui fait la beauté, ce que le regard désire, ce pourquoi je photographie.

mercredi 15 février 2017

Le silence

















Je regarde par la fenêtre et je me surprend à écouter le silence. Juste à écouter. Le silence. 
Le ressentir. Comme on entre dans la mer, se laisser envelopper. Le corps au repos s’écoute. Comme dans le jeûne, le corps n’étant plus sollicité par l’extérieur, il revient à lui, il reprend possession de lui même.
Ce silence est étrange, car il n’est pas le rien, il n’est pas le vide, non il est l’indistinct, une forme de flou. Le silence est une force, car l’ouïe n’est plus sollicitée par les milles bruits extérieurs, mais par seulement les murmures intérieurs, les froissements de l’air sur la peau, le reflet de lumière sur la table. Je voudrais jeûner dans ce silence, m’en nourrir l’âme.

Ne pas vouloir

L’écriture est lente, par à coup, titubante parfois; absente aussi, perdue. Et puis elle revient comme si elle avait été masqué par un nuage de vie..J'apprend à être patient avec elle, à l'attendre, à l'attendre sans la vouloir. Abolir la volition d’écrire, être dans la posture de l’attente Une attente simple , épurée, une attente de rencontre. Ne pas vouloir. Attendre. Presque disparaître. C’est l’attente qui nourrit l’écriture. C’est l’écriture qui fixe le temps
La patience, le repos, l’inerte. Je me souviens; un après midi d’orage. L’air est lourd, gluant. Allongé je ne bouge pas, tant mes gestes seraient déplacés dans cette immobilité parfaite, dans cette lumière figée. La chaleur enserre la peau qui étouffe. Je me laisse aller à la moiteur, je me glisse dans l’attente. Il va pleuvoir.

mercredi 8 février 2017

Une inquiétante étrangeté





















Depuis 1 mois et 1/2 l’écriture du Synopsis de EST stagnait, voire régressait…pourtant je ne ménageais pas ma peine, mais rien de consistant naissait, des bribes tout au plus… A ma décharge c’est la première fois que j’ai à structurer un long métrage d’une façon non narrative et à « mettre en histoire » une si grande quantité d’informations, de récits, de notes au sujet de Stalingrad et du Front de l’Est…Ne perdant pas courage, mais en accusant le coup quand même, je continuais à avancer, péniblement, avec effort..…Et puis en milieu de semaine dernière, je ne sais ni pourquoi, ni comment, l’écriture s’est débloqué, la structure devenait évidente, la dramaturgie prenait corps, les personnages trouvaient enfin leur stature, les scènes apparaissaient…Instants jubilatoires (bien que fragiles il reste tant à faire ! ) où l’écriture, les mots deviennent évident comme si ils avaient toujours existé en moi, comme si cette histoire je n’avais pas à l’inventer, mais juste à l’invité à sortir de moi… A ces instants (que j’ai connus déjà quelques trop rare fois), je ressens profondément que je suis une sorte de médiateur, un lien entre des entités de temps disjointes, une résurgence d’un passé, d’une histoire. Des mots et des images qui à la fois je crée mais qui ne m’appartiennent pas en propre mais qui me sont légués et dont j’ai la charge de transmettre. L’Ecriture est une inquiétante étrangeté.

jeudi 2 février 2017

Que leurs âmes brillent











Aujourd’hui, ce mardi 2 février 1943, est un jour étrange, ici à Stalingrad.
Le silence se pose sur la ville, il nous enveloppe d’une manière si douce et pourtant si brutale. Nos oreilles ne le connaissent plus, il avait disparu de notre vie. 6 mois que nous ne l’avions plus entendu, 6 mois où il s’était effacé de nos sens, de nos souvenirs, où la mort n’était pas silencieuse mais vociférante de vacarme de bruit d’explosion des grenades, des crépitements de mitrailleuse, des cris de nos camarades tombés morts ou blessés, des cris poussés par ceux qui montaient à l’assaut. Le silence se répand tout autour de nous, monte dans le ciel clair, ne craint pas les -31° de cette journée. Nous sommes éberlués de l’entendre de nouveau, et ce sont nos sacrifices, notre désir de vaincre qui a crée ce silence, où vont naître les jours nouveaux ici et aux confins  de l’Europe. Vassili n’est plus là pour l’entendre, et pourtant ce silence il aurait aimé l’entendre car il en a été un des créateurs. Je lui écrirai cette après midi, pour lui dire que Stalingrad et son silence pensent à lui…..
 
Il y a donc 74 ans, ce 2 février 1943, les derniers nids de résistance Allemands se rendaient ou étaient réduits par l’Armée Rouge, le Maréchal Paulus s’étant rendu le 30 janvier, la 6 ème Armée allemande n’existait plus : 380.000 tués, 91.000 prisonniers. L’audacieuse opération Uranus, lancée le 19 novembre pour encercler cette 6 ème Armée se terminait par une victoire totale. Cette victoire est un événement majeur de la Seconde Guerre Mondiale, c’est là que l’Allemagne Nazie est pour la première fois défaite, déjà en décembre 1941 devant Moscou elle avait faibli, mais cette fois çi c’est son anéantissement qui est programmé. Ce retournement historique, l’URSS a en supporté tout le poids humain, c’est à elle et elle seule qu'en revient la postérité.
 
C’est une grande tristesse que cet événement ne soit pas célébré comme le débarquement Anglo-Américain de Juin 1944. Celui çi arriva bien tard, l’Allemagne Nazie à cette date, est virtuellement vaincue. Les Soviétiques avaient déjà libéré l’Ukraine et lançaient le 22 juin l’opération Bagration, sur une ligne de front s'étendant sur 1 000 km, ils avancent de 600 km en deux mois, arrivant aux portes de Varsovie, c’est la plus importante opération militaire en cet été 1944, bien loin devant le débarquement.
 
C’est une grande tristesse et une grande injustice, car dans la guerre d’extermination humaine, militaire, économique, culturelle menée par les Nazis sur le front l’Est, l’URSS a gagné au prix de 15 millions de morts civils (dont 1,5  millions de Juifs) et 11 millions de pertes militaires, les Américains ont eu 200.000 pertes sur le front européen, 6000 pertes civiles, un pays jamais occupé. Et tous les ans, en juin, le grand show mediatico-politique bat son plein et pas un mot, pas une pensée, pas un regard pour Stalingrad.
 
C’est une grande tristesse, une grande injustice et une grande blessure pour le peuple Soviétique, que cet oubli de leurs sacrifices et de leurs ampleurs. Un oubli raisonné, édifié sciemment par les Américains qui dès mai 1945, sans vergogne ont joué les Allemands contre les Soviétiques sans même tenter un dialogue ne serait ce que par respect du prix payé par les Soviétiques dans l’anéantissement des Nazis, et qui du jour au lendemain (même si il y eut les Procès de Nuremberg) ont passé l’éponge sur 15 ans de National Socialisme dans la société allemande.
 
Voila pourquoi aujourd’hui dans mon âme et mon coeur, je me souviens de ce mardi 2 février 1943 et je rend hommage à ces hommes et à ces femmes, qui nous ont permis de sortir des ténèbres Nazies. Que leurs âmes brillent.