mercredi 12 août 2015

C'est le soleil qui filme









Le rapport entre l’ombre et la lumière est antinomique chez les Occidentaux, pour les Japonais ils sont complémentaire, l’un est issu de l'autre, l’un vit par l’autre, l'un est dans l’autre, l’un est l’autre.

Les Japonais ont la prescience du N&B, les Occidentaux n'en ont que  la conscience. Leurs ressentis sont de l'ordre de la perception, de l'instinct. La notre est de l'ordre de la construction intellectuelle. Ils perçoivent, nous ne faisons que ressentir.

L'unicité qui prévaut dans la culture japonaise est le terreau de leur sensibilité englobante, enveloppante, alors  le noir et blanc est la lumière de l'âme. Les plans en plongée très courants dans les films Japonais est une vision zénithale, c'est le soleil qui filme. le regard qui devient lumière.

Pour eux le flou n’est pas l’opposé du net. Le flou ne corrompt pas le net. Ils sa propre existence, sa signifiance propre.Il structure le regard, s’offre à lui. C’est un univers unifié que nous propose le regard Japonais où lumière et netteté s’unissent : le flou est la pénombre de la netteté, la pénombre est le flou de la lumière.

jeudi 4 juin 2015

22 Gia Long Street, Saigon












Je n'avais jamais vu, ou alors je m'en souviens pas, les scènes filmées montrant l'embarquement des privilégiés Sud Vietnamien dans les hélicoptères Américains sur le toit du bâtiment de l’USAID à Saigon, au 22 Gia Long Street, dont le dernier étage était réservé au responsable de la CIA au Vietnam.

Je ne connaissais que la fameuse photographie prise par le photographe Hugh Van Es d’UPI. Je la connaissais par l'intensité dramatique de cette vision, sa symbolique forte de la victoire du Viêt-cong par la fuite des nantis dans l’affolement. Cette dramaturgie reposant sur plusieurs aspects ; d'abord la dimension de cette file d’attente, son allongement qui suite les structures du bâtiment ; puis sa disproportion de sa taille avec celle de l'hélicoptère Huey UH -1B (emport de 8 personnes), l'étroitesse de la plateforme (toit de la machinerie d’’ascenseur ?) où se pose l’hélicoptère, le cadre serré qui fixe le regard sur cet embarquement.

Vingt ans de guerre et cette évacuation dans la précipitation sur un mouchoir de poche seul territoire restant aux mains des États Unis. Vingt ans de guerre pour en arriver là, peut on penser. Cette photographie est encore plus iconique de la défaite Américaine que celle des chars du Viet Cong, envahissants le palais présidentiel. C’est cet instant figé, que la mémoire retient et sur lequel elle bâtit son pathos, établit sa conscience.

La séquence filmée est tout autre. Elle ne donne pas cette charge émotive que la photographie apporte. Elle ne semble donner qu'une information, loin du symbole. Évidement l'oeil est sollicité par le mouvement : celui des palpes de l’hélicoptère, celui des gens entrant dans l'hélicoptère, celui, nerveux, de ceux qui attentent dans la file et  le  bruit si caractéristique et hypnotisant de l’Huey.
 Bien sûr il y a tout cela, mais aussi peut être que la perceptive moins tassée du film (tourné avec une caméra 16 mme comme on peut l’imaginer), son cadre plus large par rapport à celui du Nikon utilisé par la photo avec un 300mm,  contribue à effacer la dimension symbolique de la prise de vue, ne laissant que celle de l'information, que l'on a oublié…

Dans cet instant, la fonction d’icône revient à la photographie, celle du film est le factuel. C’est la dimension du capteur ( Nikon 24mm x 36 mm / Camera 16mm : 10,2 x 7,42 mm) qui confère à la photographie sa dramaturgie. Le 16 mm, même  avec un fort téléobjectif ou zoom équivalent mais avec une MAP à grande distance, n’offre pas ce tassement des perpectives qui permet de modeler le regard, de créer une tension.

Les caméras du » Nouveau Documentaire » avec leur capteur S35 (ARRi Amira, Black Magic URSA Mini, Sony FS7) offrent ce tassement de perspectives, ce découpage, même imperceptible, du plan de netteté et celui de l’arrière plan; Il est probable que la scène de l’embarquement au 22 Gia Long Street, Saigon, captée par ce type de caméra lui aurait conférer émotion et intensité et aurait rivalisé, en terme symbolique, avec sa contrepartie photographique...

Si la débauche technique que le numérique nous offre parasite le regard, certaines évolutions, comme celle de la démocratisation des capteur S35, lui apporte une nouvelle vision, une nouvelle arme, que nous devons utiliser.

jeudi 28 mai 2015

Resister



A l'occasion de l'entrée au Panthéon de quatre resistant(e)s  (donc deux cercueils étaient remplis de  terre comme certainement celui de Jean Moulin), le discours de F.Hollande a été un grand moment de bla bla intello, comme seul un conseiller en « grands événements »  (titre officiel à l’Elysée de l’ex journaliste Pierre-Louis Basse ) peut en faire et qui pointe encore le déni de réalité de nos politicards.
Car, de droite comme de gauche, ces politicards qui nous gavent des grands sentiments, nous sature de l’esprit de résistance,  foulent sans vergogne les rêves de la Résistance Française et son programme des jours heureux, avec comme triste résultat, 10 % de la population française qui vit sous le seuil  de pauvreté dans la sixième puissance économie mondiale, 70 ans après la fin de la seconde guerre mondiale. 
Et pour ce peuple berné, l’obscénité des discours grand-guignolesque des politicards n'a d’égale que l’obscénité qu'ils ont à les tenir sans honte.

jeudi 23 avril 2015

Petit précis quantique de photographie

Nous portons nos photographies en nous.  Comme des naissances latentes. Ce sont des images potentielles. L'instant du déclenchement n'est que la matérialisation de ces images en gestation. Nos photographies sont fécondées par le hasard.  L'instant photographique est une sorte de décohérence spirituelle, l’instant du déclenchement est celui de la réduction de nos fonctions d’ondes de nos images intérieures.

Le désir photographique, la prise de vue, est notre quête insensée de féconder nos images qui sont en nous, particules spirituelles de réalité, que nous instancieons par nos désirs. Nos photographies pré-existent en nous, héritage fécond d’un Unus  Mundus qui nous contient. Elles sont nos matins sans fin et nos nuits infinies. Le Monde est en nous.

jeudi 19 mars 2015

La décolorisation


Ayant dans l'idée de faire un film à base de paysages minéral en N&B, je me suis rappelé de Porcherie de Pasolini, dont une des 2 histoires est filmé sur les pentes de l'Etna. J’ai ripé le DVD pour pouvoir le passer en N&B dans Resolve pour donner du terreau à mon imagination… Moments étonnants et émouvants , l’image se transforme, comme si on enlevait une gangue de vision erronée,  une autre réalité apparaît, la beauté de PIerre Clementi devient spirituelle, il rayonne comme un saint.


La colorisation entre autre des documents filmiques de la première et seconde guerre mondiale à donner l'occasion à  nos journaleux de parler d’une nouvelle vision des événements plus vrais, plus réelle.  On peut être dubitatif sur cette apport de la colorisation, qui est fondamentalement une approche marketing de l’Histoire. La décoloration de films perturbe la perception de la réalité,  on croyait avoir vu le film, et nous en voyons  un second avec un nouvel espace de réalité, de beauté, de réflexion. La décolorisation  est une sorte de la décolonisation de la réalité, celle-ci  s’extirpant du joug  de la marchandise et de la doxa de la couleur comme unique référent du réel.

vendredi 6 mars 2015

Cinéma Codex












C'est la narration qui casse l’image. L'image est à la solde de la narration et non au service de l'émotion, du ressenti. Elle n'existe pas par elle même, elle est assujetti à la narration, celle çi amenuise sa portée, étouffe son audace, la prive de son aura, la castre de sa beauté, la maintient dans le rôle subalterne de captation, d'enregistrement. Comme l'imprimerie a réduit à néant la beauté des codex et leurs enluminures, cet entrelacement, porteur de sens, de l’image et du texte, l’emprise de la narration sur l’image, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, a appauvrit notre perception, obscurci nos sens et obombré nos désirs. La narration a réduit l’image à un rôle de faire valoir, à un rôle d’un pantin servile et obéissant de la narration.

Quand l'image retrouve sa place pleine et puissance, alors on parle de cinéma expérimental, alors qu'il est n'est que l'essence même du cinéma. Qu’il n'est que cinéma.

vendredi 13 février 2015

Les temps sombres













Il faut créer du beau, car pour les temps sombres qui s'annoncent, qui s'amoncellent, il sera notre seule lumière.
Notre seul lueur.

Créer du beau non pas pour contrebalancer la laideur de l'Humanité, tache disproportionnée, irréalisable, mais pour laisser des traces, des fragments, des brisures, pour que ceux qui viendront après nous, après l'obscurité, puissent les voir, les percevoir. Et qu'ainsi ils raniment nos beautés vacillantes.
Nos rêves éteints.