vendredi 13 mai 2016

Sola imago (par l'image seule)


La forme narrative du cinéma est une sorte de dégénérescence de cet Art. Une forme maligne qui a presque complètement phagocyté les autres formes possibles. Pourtant le cinéma c’est avant tout, écrire avec des images. 
Raconter une histoire devrait être secondaire. Cette écriture visuelle a pour grammaire, les plans, les cadrages, les mouvements de caméra, la lumière, le montage, et ainsi constituer des phases visuelles exprimant sensations, sentiments, ressentis, sans l’aide désuète de la narration. 
Considérer la forme narrative comme seule forme d’expression du cinéma est aussi restrictif que de dire que le pinceau, en peinture, serait juste fait pour le portrait, et figuratif qui plus est. Non le pinceau, c’est Dali, Kandinsky, Monet, Cézanne, Picasso, Juan Gris, Bacon, Turner, Van Gogh, Jawlenshy, et bien autres…
125 ans après son invention, et malgré la débauche technologique de ces dernières années, et l’ouverture cette semaine du Festival de Cannes  il est enivrant de savoir que le cinéma reste une expérience d’écriture et une aventure poétique à vivre, sola imago, par l'image seule.

samedi 27 février 2016

DRAME AUX GALLERIES NEW LOOK

Vu les progrès de Boston Dynamics dans la robotique (voir sur le web leur video montrant un Robot qui se relève après qu'on l'au fait tombé volontairement) peut être que dans 50 ans on lira cela :


L'indicible est arrivé ce samedi 27 février 2066, un robot de la Garde Automatisée (G.A) des Galeries New Look, Boulevard Haussman, a ouvert le feu sur les clients faisant 52 morts et prés de 84 blessés donc 22 sont en urgence ultra absolue, 10 en urgence quasiment absolue, 8 en urgence absolue relative et 5 en urgence relativement absolue. 

Selon les premiers indices de l'enquête, ce G.A serait passé en mode attaque suite à une mise à jour, aux premières heures du matin fatidique, de son système RobotOS de Microsoft Robotics Inc (NYSE : MIRO) : il aurait confondu la poignée de main d'un collègue Humain en geste agressif à son égard. 

Selon nos informations il se serait mis ensuite en mode survie défensive et retranché  au fond du magasin, entre le rayon bricolage et celui de la lingerie féminine. Le GIGH (Groupement d'Intervention de la Gendarmerie Humaine) est aussitôt intervenu, en coupant l’électricité et les transmissions sur l'ensemble du quartier afin de le déconnecter et de le sous alimenter.

 Le Robot s'apercevant qu'il ne pourrait pas se recharger s'était mis en mode veille, il a fallut attendre 72 heures, le temps que ses batteries se déchargent, pour en venir à bout, des négociations avec des psychologues spécialisés en commutation robot humain, n'ayant pas abouties. A la demande du Juge de la Brigade de Répression des Erreurs Logicielles (B.R.E.L), une autopsie de sa carte mère sera effectué dès demain matin, pour tenter d'identifier le parcours du bug dans les réseaux neuronaux de son I.A (intelligence Artificielle).

En début d'après midi dans un communiqué de presse, Microsoft Robotics Inc, s'excusait pour la gêne  occasionnée et annonçait une nouvelle mise à jour  qui corrigerait la précédente (la 123 eme depuis le début de l'année)  et qui sera elle même corrigée par la suivante, assurait il.

Bien qu'une cellule de soutient Psychologique aux Robots a été mise en place pour permettre aux collègues du G.A de surmonter ce traumatisme , le Syndicat des Robots et des Machines Associés (S.R.M.A) s'associait à la douleur des proches des tué(e)s et blessé(e)s et demandait que des cas isolés comme ce  G.A ne devait pas altérer la confiance des Humains  à leur égard, la grande majorité des Robots étant d'une perfection absolue. 

Enfin, en début de soirée, on apprenait que le sénateur suprême Nicolas Sarzyko déposera  dès demain matin un projet de loi  visant à déconnecter  les robots ayant eu plus de 3 erreurs de comportement envers les Humains, car selon lui " il était insupportable que des bugs de gauche altèrent l'intelligence artificielle de droite".




mercredi 17 février 2016

Ma mère est printemps






















En 4 mois ma mère a perdu 10 kg. Elle est toute ténue, tout chiffonnée, toute perdue dans le grand cocon de son lit. Enfermée dans sa démence vasculaire, elle n’est que logorrhée d'angoisse jaillissant de sa bouche, comme une bile de mots,  les yeux fermés, les sourcils froncés. En souffrance intérieure. Muette.

Quand je lui demande d'ouvrir les yeux, ou pour la faire boire, d’ouvrir sa bouche, elle obéit, mais ses mouvements ne sont pas progressifs, ni proportionnés à l’action à venir ; elle ouvre grand sa bouche, grand ses yeux, une réponse musculaire plus qu’une réponse de la pensée. Comme si cette dernière s'effaçait déjà d’elle.

Ses petites mains sont décharnées ; sur ces os elle n’a mit qu’un gant fin, frêle de  peau. Faible, elles arrivent à peine à tenir un verre, et leurs mouvements lents, comptés, ne se font que dans un périmètre restreint, autour de son corps. Bras repliés. Sur son ventre. Sa poitrine. Son visage . A tâtons. 
Ces mains presque transparentes, si fragiles, si légères, savent encore caresser, parfois. Une caresse qui se termine par la préhension d’un de mes doigts, comme le nouveau né a ce reflex archaïque pour s’accrocher à sa mère, avec une telle  force, une force violente, que l’on est étonné de la resentir, tant ce corps paraît faible, déjà loin.

Dans l’obscurité  de cette angoisse, dans ce labyrinthe de peurs qui surgissent hors d’elle, parfois, rarement, jaillissent en ce flot halluciné, des fulgurances de conscience (“je dis n’importe quoi hein ?” ; “couvre toi bien, il fait froid”) qui me laissent abasourdi, sans voix, aux bords des larmes. Tout près. Des fulgurances, comme ces giboulées au printemps, aussi violentes qu’inattendues. Aussi belles, par le déchirement du ciel en bleu gris, que brèves. Comme cette pluie qui nettoie les trottoirs à grand coups de gouttes, ces mots de vie effacent ma tristesse. Un instant.

mardi 1 décembre 2015

Aux larmes Citoyens !





Lors de son discours lors de la commémoration des attentats du 13 Novembre, Mr F.Hollande a dit  que “cette jeunesse était le visage de la France”. Les lettrés dévoyés, défroqués, qui écrivent les discours présidentiels ont pris cette phrase et notre Président en était conscient, au beau discours (un brin granguignolesque ) d’André Malraux pour le transfert au Panthéon de Jean Moulin, le 19 décembre 1964. C’était la dernière phrase avant  les roulements de tambour pour le chant des Partisans : “Aujourd'hui, jeunesse, puisses-tu penser à cet homme comme tu aurais approché tes mains de sa pauvre face informe du dernier jour, de ses lèvres qui n'avaient pas parlé ; ce jour-là, elle était le visage de la France”...

Qu’elle obscénité, quelle manipulation  de l’histoire de comparer ainsi un résistant torturé qui n’a rien dit alors qui savait tout , à ces jeunes dont l'assassinat est tragique mais qui ne faisaient que d’aller à un concert, ou boire un coup en terrasse... Mais il en va ainsi dans la République de la compassion, du “live”, et des effets de manche, on mélange tout, on oblitère le sens des choses, des mots...Ce dévoiement des symboles et des mots n’est que le début de l’obscurité.

Et puis ces jeunes n’étaient  pas LE visage de la France, loin de là,  mais d’une partie, d’une toute petite partie de la France, cachant celui des chômeurs en fin de droits, des licenciés, des femmes célibataires, des travailleurs précaires, des banlieue en déshérence, des 6 millions de Français vivant sous le le seuil de pauvreté, des mal logés, etc… Ce discours était pour les élites et électoraliste pour notre Président en vue de 2017…

Dans la république compasionnelle,” La jeunesse s'empare des symboles républicains” dixit le Monde,  mais savent ils encore que ce drapeau Français est celui des Colonies, de la Collaborations, des Dreyfusards, de Setif, de la torture en Algérie, d’octobre 61, du Ministère de l’information de De Gaulle, et plus récement des mises en résidence surveillée et des perquisition sous Etat d’Urgence de militants écologiques en 2015 pour la durée de la COP 21. Le vénérer ainsi à tout bout de champs, comme un hochet pour Facebook, c’est comme cracher sur ses victimes passées..

Dans la saturation du réel organisé par les medias,  dans la sidération comme moyen de contrôle des masses, dans cette tristesse sans fin, heureusement que des dissonances appellent à la raison : celle d’une soeur et d’un père  de victimes du Bataclan qui expliquent leur non participation à cette commémoration car pour eux le gouvernement et les politiques sont largement fautifs et ont une part de responsabilité dans cet attentat…


dimanche 15 novembre 2015

Parfois je la revois






























Vers la fin de “Echoes of silence”, le film de Peter Emanuel Goldman, il y a un plan très beau. Etrange. Court. 5 secondes. Une femme habillée de blanc, se tient debout. Dos au mur. La caméra la filme en plongée. Elle émerge de l’obscurité dense de la rue. Elle se détache. Elle en blanc. La rue en noir. Elle a sa main gauche posée sur sa hanche. Dans une pose langoureuse. Elle est en robe. Manche courte.  C’est une nuit d’été. A son poignet gauche elle porte une montre. Elle ne sait pas qu’elle est filmé. Elle est adossé au mur d’un porche. Elle attend. Peut être est ce une prostituée ? Elle attend. Son corps est attente. Son corps a une certaine nonchalance dans sa pose. Oui c’est une prostituée. Certainement. La caméra la filme en plongée. Elle la filme  à son insu. En plongée. Tout a coup. Comment le sait elle ? Elle tourne sa tête vers la caméra, un bref instant. On découvre son visage. Son beau visage.  Son regard. Son beau regard.  Cette femme est belle. Extraordinairement belle. Elle  a une robe  avec des fleurs imprimées.  C’est un film des années 60. Elle a des cheveux courts. Elle regarde la caméra. Un bref instant. Un bref instant, on dirait quelle sourit. Elle regarde la caméra. Surprise. Puis son regard se baisse. Comme honteuse que l’on la filme ainsi. Dans l’attente. Elle a des cheveux courts qui laisse sa place, toute la place , a son visage. A son regard. Elle baisse la tête et pivote sur son côté droit, pour entrer  sous le porche. Se cacher. Se soustraire au regard. De la caméra. Pour disparaître. Elle nous laisse qu’un profil. Une ligne d’elle même. Une tache blanche de souvenir. J’aimerai la retenir. La connaître. Etre la nuit qui l’enveloppe. Être la pellicule dans laquelle son image est imprimée. Retenue. Embaumée.
Parfois je la revois.

lundi 9 novembre 2015

Auschwitz Saison 1





















Le torrent médiatique qu’accompagne la sortie du film “Le fils de Saul” et le story telling journalistique autour de son réalisateur (Premier film, sa jeunesse, presque palme d’or, sa production refusée en France) engloutit quelque peu la réflexion, voire l’intelligence.

La forme narrative et fictionnelle du cinéma traditionnel est elle la forme la plus pertinente pour parler d'Auschwitz ? 
“ Nuit et brouillard “ était un regard d’auteur posé sur l’Histoire. Celui de “Le fils de Saul”  est celui des poncifs scénaristiques et esthétiques du cinéma commercial.  C’est un film d’aventure qui, toute honte bue, se passe à Auschwitz  et il est fort à parier qu’une chaîne Américaine en rachètera les droits pour en faire une série : Auschwitz Saison 1 ; Auschwitz Saison 2, ça aura de la gueule sur les publicités  de Netflix…. 

Et puis le recours à la fiction narrative n’est il pas une faiblesse idéologique ? Un aveu de l’intégration de son propos dans le système marchand, avec comme corollaires l’acception des contraintes marketing de l’industrie cinéma au détriment d’Auschwitz comme Histoire. 

En terme d’écriture cinématographie, ce film est terriblement  marqué par la patte de la génération « Gopro » : Steadycam ad nauseam comme unique réflexion sur l’image, et on se ressent quand même comme un rescapé de l’image car on évité  le ralenti et le time lapse…

D’autres formes de cinéma existent pour évoquer d’Auschwitz, pour regarder Auschwitz, pour réfléchir Auschwitz. Mon court métrage « Le Ruisseau » adapté d’un texte de Charlotte Delbo extrait de “Auschwitz et après / Une connaissance Inutile” ; Editions Gallimard, sera projeté le mercredi 25 novembre 2016,  lors de la soirée de projection de court métrages organisée  par « Les bobines du Loup », au Lou Pascalou, 14 rue des Panoyaux 75020 Paris, métro Ménilmontant. Entrée libre à partir de 20H. Projection à 21H

lundi 19 octobre 2015

Lamentations de lumière













Je viens de découvrir  « Echoes of silence » de Peter Emanuel Goldman tourné en 1964 à New York. Noir et Blanc 16mm . Quelle beauté.  Quelle force. Pas de dialogue. De la musique. Tout est dans l’image. Rien que l’image. Le cadre. La lumière. C’est la caméra qui parle. Qui fait parler les visages. Qui transcrit les émotions. C’est l’image et elle seule qui porte le récit.  Cinema de pur désir. De Pure image.  On rentre par l’image dans l’errance de Miguel, personnage principal, cadrages somptueux de lumière, de fort contraste. Gros plans de visage. Raccord dans l’axe. Les lamentations de Miguel, devient lamentation de lumière. 

A la vision de ce film, tout à coup Taxi Driver, tourné seulement 10 ans plus tard, devient ridicule. Petit. Médiocre. On n’est plus  dans l’émotion pure, mais celle reconstituée du cinéma commercial. Les plans sont du déjà vu. Du bon gros cadrage hollywoodien. On se demande comment a pu aimer  cette soupe  visuelle,  ce New York de pacotille, cette errance qui n’en est pas une, ce scénario à grosses ficelles.  Cette image loin du cinéma. La camera capte mais ne crée pas, on est plus dans le désir, mais l’application des lois, des règles. Des recettes.

Même Robert de Niro me semble fadasse, par rapport à Miguel Chacour qui interprète le rôle principal de « Echoes of silence ». Son visage est image. Il nous dit son désarroi, ses démons, ses espoirs, ses errances intérieures, sa désespérance, magnifiquement. Robert de Niro, joue, Miguel Chacour vit. Voila l’intense différence, que la camera de Peter Emanuel Goldmann saisit, transfigure.

Dans son autre film «  Pestilent City », un court métrage documentaire sur le New York de 1965, sa misère, ses déchus du sytème, sa saleté, ses sans espoirs assit sur les bancs, trainant dans les rues, ses regards d’âme vidée par la malheur. Le regard de Peter Emanuel Goldmann est sans concession, mais en les filmant avec tant de désir, de beauté, on dirait qu’il leur donne une dignité que la Société leur a  refusé. La musique est composé principalement de piano désaccordé mais à certains courts moments, (en 5’0’’), une musique plus orchestrale apparaît avec un son sourd, lent, une sorte de souffle grave, qui fait écho à la musique de Bernard Herrmann pour Taxi Driver, écrite 10 ans plus tard…Etrange résonances, comme si la ville engendrait ces sons.


Le magasin RE:VOIR est une mine de précieux joyaux cinématographiques

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