vendredi 13 février 2015

Les temps sombres













Il faut créer du beau, car pour les temps sombres qui s'annoncent, qui s'amoncellent, il sera notre seule lumière.
Notre seul lueur.

Créer du beau non pas pour contrebalancer la laideur de l'Humanité, tache disproportionnée, irréalisable, mais pour laisser des traces, des fragments, des brisures, pour que ceux qui viendront après nous, après l'obscurité, puissent les voir, les percevoir. Et qu'ainsi ils raniment nos beautés vacillantes.
Nos rêves éteints.

samedi 24 janvier 2015

Abolir la trinité














Fascination toujours renouvelée que de regarder Glenn Gould au piano. Une forme d'extase. Une possession. Une transmutation de la vie intérieure en musique. Une vision faite chair. Une spiritualité. L'engagement du corps dans la musique. Le corps fait musique. L'instrument devient l'extension de l'esprit. L'instrument n'existe plus en temps que tel, il se fait chair. Le piano, le pianiste, la musique ne font plus qu'un, la trinité est abolie. La dissonance du partage, de l'écartèlement s'efface  pour faire place à l'unicité, à l'harmonie retrouvée. Et pourtant que de répétition, d'humilité, de volonté, de concentration, d'isolement consentis pour la pureté simple et ineffable de l’instant éblouissant. L’engagement, la confrontation à la musique, la faire sienne, s’insinuer en elle. C'est cela jouer. Filmer comme Glenn Gould joue du piano.

lundi 12 janvier 2015

Les nouveaux accords de Munich ou l’effondrement de la raison



Les réactions aux événements de la semaine dernière, de la marche de dimanche 11.01.15, par leur ampleur, pourront être considérer, plus tard, comme le  basculement de la société dans une période de  post démocratie, par la consécration, comme moyen de diriger les peuples, de l’émotion et de la compassion et son corollaire l’effondrement de la raison, de la réflexion.

Ce que nous venons de vivre, c’est le remplacement du « Je pense donc je suis » , par « Je twitte  donc je suis ». 

L’hystérie compasionnelle comme moyen d’assujettissement des masses.

L’objectivation comme organe de gouvernance, de la caste des journalistes.

Le langage publicitaire (je suis charlie) comme seule possibilité d’expression de la révolte.

L’effacement de la notion de classe au profit de l’unité nationale.

La saturation du réel comme moyen de contrôle de la pensée et de sidération de la volonté.

La chute de l’écrit au profit de l’image comme support à l’objectivation du réel.

La perte de soi et son transfert dans les médiateurs (journalistes, animateurs télé, artistes) de la représentation de sa propre pensée. 

L’accaparement de la douleur par ces médiateurs ; eux seuls souffrent, leur douleur est sacrée. (les 6 millions de Français qui vivent sous le seuil de pauvreté n’ont pas la voix aux chapitres).

L'affirmation obscène des valeurs des pays développés comme références universelles (pays du tiers monde, vos milliers de morts en guerre civile, en désastres économiques ou naturels ne sont rien comparé aux vies de nos 8 journalistes). 

L'oblitération consciente du Passé, de l’Histoire, pour façonner un Présent comme un perpétuel renouveau, où le réel se dérobe à la raison pour transformer les actions en reflexes Pavloviens.

Comment peut on être aveugle à tout cela ???

L’éditorial de Mr L. Joffrin de Libération de ce lundi 12 janvier 2015,  a le goût amer du discours de Neville Chamberlain à son retour à Londres après la signature des accords de Munich. On connait la suite.

Editorial de Libération
http://www.liberation.fr/societe/2015/01/11/un-elan-magnifique_1178617?xtor=EPR-450206&utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=quot

vendredi 9 janvier 2015

Je suis Charlie mais bien d'autres aussi...





















Cette hystérie compassionnelle presque obscène quant à l’attentat contre Charlie Hebdo me trouble et m'écœure à la fois, tant de choses se trouvent mélanger…

A la révolution, le peuple était le tiers état, sur son dos trônait le clergé et la noblesse. De nos jours le peuple est le quart état et sur son dos trône les politiciens, les patrons et les journalistes. Ces derniers, sont une sorte caste supérieure qui seule sait analyser, qui seule sait penser, qui seule détient la vérité, qui seule décide où est le bon et le mal, qui seule peut parler et dont le prix de la vie est sans commune mesure avec celle d’un citoyen ordinaire. La vie d'un SDF, d’un chômeur en fin de droit, d’une mère célibataire adolescente, d’un des 210 enfants tués dans une école au  Pakistan par des djihadistes, n’est rien par rapport à la vie d’un journaliste, évidement... (Les 4 personnes tuées dans la prise d'otage à "l'hyper casher"  ne font même pas le quart d'un entrefilet dans les journaux de ces fabuleux journalistes héros de la liberté...)

On nous rabâche la liberté de la presse, mais la grande majorité des journaleux sont des chiens de garde du pouvoir. N’est ce pas choquant que « 20 minutes » ce torchon qui fait des articles de fond de 5 lignes et vend  3 fois sur 5 sa une à de la publicité puisse  se revendiquer sur le dos de Charlie Hebdo de la liberté de la presse ?  Comme les journaleux d’Europe 1, de RTL, France Inter, de TF1, d’A2 qui du temps de Sarko on fait la courbette devant le pourvoir, sans parler de cet abruti sans fond d’Hanouna, sans parler de la rédaction de M6 info qui se pavane avec des pancarte « je suis charlie » alors  qu’ils font de l’info marchandise, sans parler de BFM TV cloaque de l’information en direct, sans parler du Huffingtonpost aux unes racoleuses et au contenu proche du vomi qui mélange avec art people, insolite, news, avis  éclairés de blogueurs, de startupers, de coachs de la vie quotidienne...... Quelle obscénité ! Tout comme les appels du Président de la République à l’union nationale, alors que la Société, le Gouvernement fait tout pour diviser. Tout à coup faut tout oublier. Mais non ! Il faut rester sur ces positions.

Et les politicards qui en appellent aux valeurs fondatrices de la République, mais avoir 6 millions de personnes qui vivent en dessous du seuil de pauvreté en France 6ème puissance économique mondiale au 21eme siècle cela les mobilise pas, alors que cela défigure aussi la République  et brisent les idéaux de nos jours heureux.. mais  pour cela  pas de hastag sur Twitter #nousommeslespauvres, ni de téléphones allumés dans la nuit, ni de bandeaux en une des pages web. C'est trop compliqué, pas assez symbolique...faut du simple, du prêt à penser, du prêt à twitter...

Et ce leitmotiv que la France est un pays de liberté, encore plus,  c’est LE pays de LA liberté… Mais entre le lointain 1789  et aujourd’hui  il y a eu Robespierre, le Code Noir, la Colonisation, la Cagoule, la Collaboration, Vichy,  la déportation des Juifs de France par la Police Française, la Milice, Setif le 8 Mai 1945, la réintégration de Papon à la Préfectorale, le 17 octobre 1961, la torture en Algérie, le putsch des Généraux,  l’OAS, tuerie de la station Charonne, le Ministère de l’Information de 58 à 68,   l’ennemi de l’intérieur des années 1970, les écoutes du Canard Enchaîné, le Rainbow warrior,  les ghettos de banlieue, un membre de l'extrême droite (Patrick Buisson) comme conseiller d'un Président de la République Française… Comment  avec ce glorieux passé, peut on oser dire que la France est le pays de la liberté, de la tolérance ??????


J’ai le sentiment que c’est une douleur de nantis, de classe, de bourgeois, de pays développé… Mais cet attentat est odieux bien sûr il me fait mal. Ce Monde est désespérant.

samedi 6 septembre 2014

Paris, ville lumière...





Au mois d'août j'ai tourné mon film " Le ruisseau". Je l'ai tourné à Nimes.
J’ai commencé à derusher et à tous les plans mon regard est confronté à la lumière du Sud.  C’est la lumière du Sud qui donne dans les images, ce noir profond et ce blanc léger, cette infinité de ton moyens. Cette lumière est matière alors qu’ici à Paris elle n’est que perception. C'est dans la nuit que la lumière de Paris existe, mais le jour elle n’est que source lumineuse, et non peinture. Sans parler que durant 6 mois, la lumière Parisienne ne brille que par son absence.

Si Van Gogh, Cézanne, Picasso, Matisse, sont partis dans le sud on peut les comprendre. La lumière du Sud est constitutive de leur travail, de leur regard. De leurs sensations. Et puis filmer en lumière naturelle, en utilisant réflecteurs et diffuseurs, est un grand plaisir. En la modulant, la guidant ainsi on fait corps avec la lumière comme on fait corps avec camera en l'ayant à l’épaule. La lumière devient alors texture d’image, texture de sens.


Le teaser de " Le ruisseau" est disponible sur : https://vimeo.com/104656422

mercredi 3 septembre 2014

Nouveaux soleils








J'ai 60 ans aujourd'hui.
J'ai commencé ma vie sur le tard, la quarantaine. La dépression, l'HP, les 8 ans d'analyse ont été mon baptême. Une entrée en matière.

Il m'a fallu encore 10 ans de plus pour naître à mon monde d'images, ma vraie naissance, mon vrai monde.  Quand j’avais 20 ans, la soixantaine sentait le sapin. Mais je me suis trompé ça fleure bon la marguerite, la jonquille…. Même si le corps a déjà quelques faiblesses (!),  j’aborde la soixantaine avec plénitude et un désir, un appétit, d’image qui n'a jamais été aussi grand.  J’ai encore 10 ans devant moi pour faire mes films d’âme, ceux que je porte en moi. 

Apres ? Peut être que je m’effacerais en lousdé dans un saut du haut d’une falaise en filmant les ultimes moments en GoPro, ou bien je ferais de la presta de travelling  avec ma chaise roulante ou je serai exposé à la FIAC pour mon film "Shaking" co-produit avec Parkinson…

Mais là, depuis la première minute de ce jour, je pars  à la découverte, à la conquête de nouveaux soleils.

dimanche 18 mai 2014

La caméra amoureuse


















Si la forme d'India Song, le beau film de Marguerite Duras, tranche avec le cinéma standard, le cinema narratif, si le texte a une grande beauté propre, l'image reste d'une beauté académique (pourtant c'est Bruno Nuytten qui est à la caméra), une image  ampoulée d'une esthétisme convenue, une image bourgeoise dans son essence et sa forme. 

Le premier plan échappe à cela, sa beauté qui pouvait laisser augurer une grande mélopée visuelle, est orphelin. Il est seul. Comme abandonné.

Certes on peut imaginer que la réalisatrice a souhaité, cette rigueur, cette distance, ces compositions larges, ces plans comme des tableaux, pour "dépeindre" ses personnages, cette atmosphère. Mais si l'entité film est déconstruite, celle de l'image conserve un classicisme aux audaces étriquées. La déconstruction de l'image par le flou, les valeurs de plan, par une caméra organique, une caméra amoureuse des peaux et des regards reste, encore aujourd'hui, une lutte à mener. Un désir à assouvir.