dimanche 28 juin 2009

Le silence des images



Dans l'étalonnage on est au coeur de l'image et au bord de l’histoire qu’elles transmettent. Le travail sur les plans amène une vision fragmentaire de l’histoire. L'histoire est vu au travers des couleurs , de la luminance, de la saturation, du gamma. La continuité dramatique est remplacé par l'homogénéisation des ambiances. Il y a une certaine jubilation à cultiver cette dichotomie, intimité de l’image / distance de l’histoire. Biens sûr, il faut regarder le film avant de l’étalonner, mais à un certain moment, l’histoire s'efface devant l’image qui devient matière à travailler, à modeler. Quand on étalonne on ne voit pas l’histoire, on la perçoit, au travers de sa matière. L'absence de son renforce cette sensation, on est dans la perception, le silence des images.

L’indécise perception



Le flou optique reste d'une beauté supérieur à ces pâles imitations numérico-photoshopiennes (!) Le flou d’un 35 mm est différent de celui d’un 200 mm, et les différentes ouvertures offrent une multitude de variations, de possibles. Dans l’univers mathématique, La logique floue relève de l’incertitude, de l’imprécision, d’états multiples. Le flou optique c’est cela aussi, l’imprécision du regard, l’indécise perception, qui ravit autant l’oeil que l’imaginaire. Les plans de netteté (règle de Scheimpflug) accessibles en photo et maintenant en vidéo (via le Canon 5D MK II) avec l’usage des objectifs à bascule/décentrement (Tilt/Shift) connaît une sorte d'engouement d’usage pour réaliser des photos ou des plans qui donnent l’impression de “miniatures”. Cet engouement se transforme via Internet en une d’hystérie esthétique collective où le sens du flou se dissout, se perd, pour n’être qu’une esthétique marchande qui est visiblement ce qu’elle est essentiellement, une création sans désir.

La disparition



Joli étalonnage du court “Les Sentiers de l’Aube” (Réalisateur Mathieu Raab), car conversion en Noir et Blanc et avec une ambiance différente pour chacun des 12 plans séquences.

J’avais imaginé (naïvement je le confesse !) que le passage en N&B se ferait d’une manière assez uniforme en terme de Secondaire et de CFX. Mais l’absence de couleur obéit à des ressentis et non à des lois : ici sur ce plan il faudra jouer sur les courbes et la désaturation, là bas sur cet autre plan il faudra intégrer en amont un Bleach bypass avant la désaturation. Comme toujours, l’absence , la disparition que ce soit de Couleur ou de l’Amour reste un passage difficile où l’on apprend.

Jean Luc Godard et le Canon 5D MK II



Du lundi 22 juin au mercredi 24 juin premier vrai tournage avec le Canon 5D MKII avec la mise à jour du firmware qui permet un mode entièrement manuel en vidéo.
Quel bonheur ! :-))) Quel bonheur de retrouver la profondeur de champs, le flou, le net, l'entre-deux. Renouer avec le subtil, le presque, l’intime de la construction de l‘image.

Certes la Red possède intrinsèquement la meilleure qualité d’image, les rushes du Canon 5D MK II sont en H264, mais en terme de prix, de maniabilité le Canon 5D MK II est l’outil caméra des indépendants dans la lignée de feu la Aaton 8/35.

Car difficile de ne pas penser à cette caméra née d’une manière éphémère de l’improbable rencontre de JL Godard et JP Beauvalia ( A relire le mythique (!) entretien intitulé “La genèse d’une caméra” dans les Cahiers du Cinéma N° 348 et 350 de 1983). Plus que la Red le Canon 5D MK II va être l’outil d’une nouvelle étape esthétique et créative dans le cinéma indépendant.

Le seul regret est que le Canon 5D MKII est né d'une réflexion marketing et non d’un désir d’image comme les Aaton, car on ne filme pas qu’avec un outil, on film avec l’idée de l’image qu’il incarne.

Photo (celle de gauche !) Raymond Depardon, publiée avec l’aimable autorisation de Jean Pierre Beauvalia.

mercredi 6 mai 2009

Les passeurs de lumière numérique



Vassily Kandinsky était il étalonneur ou chef opérateur ?

Lazlo Moholy Nagy était il étalonneur ou chef opérateur ?

Alexander Mikhaïlovitch Rodtchenko était il étalonneur ou chef opérateur ?

Alexandra Exter était elle étalonneuse  ou chef opérateur ?

Non ils/elles étaient peintres, photographes comme maintenant mais ils vivaient la lumière comme une aventure, un engagement. Une exploration.

Une théorie aussi. La lumière était au service de l'expression et non de la seule narration. C'était une matière en tant que telle, elle n'était pas que technique mais philosophie, mais écriture, mais mystère.

Avant eux, les faiseurs de vitraux du moyen-âge possédaient cette mystique. Les vitraux étaient une sorte d'étalonnage temps réel de la lumière (divine !). Aujourd'hui les chef opérateurs et les étalonneurs sont-ils, du moins quelque fois,  les maîtres verriers des temps numériques,  les passeurs de lumière des vitraux video ? 

( A lire le livre de Bernard Tirtiaux : Le passeur de lumière,  Nivard de Chassepierre Maître Verrier / Folio )

lundi 23 mars 2009

L'enfermement de la couleur


Lorsque l'on étalonne, l'oeil, l'esprit fait corps avec la couleur. Dans la juste obscurité, l'image que l'on étalonne devient le référant, un monde clos où l'oeil exerce sa subtilité a discerner les nuances, à suivre l'évolution d'un réglage, à proposer une variante. Le temps passant, il y a une sorte d'euphorie visuelle qui s'instaure, apportant une aisance d'appréciation, une rapidité d'action. Petit a petit la couleur enferme, un monde clos s'établit, une dérive colorimétrique s'installe, prend le pourvoir et l'oeil abdique son sens critique et créatif devant ce système qui s'auto justifie.
Ce n'est que lorsque il s'est libéré de cet enferment, généralement après plusieurs heures de vision d'univers et dse lumières différentes, voire le lendemain, que visualisant le rendu d'étalonnage je constate les errances, les défauts, les erreurs.

Je fais toujours mes étalonnages en deux passes bien que les clients sont peu à même à comprendre, à admettre la nécessité de ces 2 phases ! Certains étalonneurs au cours de leur travail fixe une zone blanche pour refaire leur balance de blanc interne, pour ma part cela ne suffit pas, il me faut temps et espaces autre pour sortir de l'enferment de la couleur.

mercredi 18 février 2009

Une mise en perceptive par la lumière


L'Etalonneur numérique et une sorte de peintre : il ajuste les couleurs, modèle l'ambiance, structure la lumière.
La lumière est comme la profondeur de champs elle établi des plans dans l'image, des points de fuite, des points de vue, l'étalonnage est une mise en  perceptive par la lumière.

C'est cela l'étalonnage, être à l'écoute de l'image.
C'est cela l'étalonnage, former un triptyque avec le Réalisateur et le Chef Op.
C'est cela l'étalonnage, peindre la lumière.
C'est cela l'étalonnage, une démarche artistique, un travail d'artiste, un métier d'Art.

Alors, dans la post prod refaire le contraste, poser les noirs ce n'est pas de l'étalonnage c'est du travail à la chaîne de post production. Je le fais sans déplaisir pour gagner ma vie, avec toujours un regard sur l'image, mais je laisse aux projets qui possèdent temps et argent, le soin d'assouvir mon désir de peinture.