mardi 1 décembre 2015

Aux larmes Citoyens !





Lors de son discours lors de la commémoration des attentats du 13 Novembre, Mr F.Hollande a dit  que “cette jeunesse était le visage de la France”. Les lettrés dévoyés, défroqués, qui écrivent les discours présidentiels ont pris cette phrase et notre Président en était conscient, au beau discours (un brin granguignolesque ) d’André Malraux pour le transfert au Panthéon de Jean Moulin, le 19 décembre 1964. C’était la dernière phrase avant  les roulements de tambour pour le chant des Partisans : “Aujourd'hui, jeunesse, puisses-tu penser à cet homme comme tu aurais approché tes mains de sa pauvre face informe du dernier jour, de ses lèvres qui n'avaient pas parlé ; ce jour-là, elle était le visage de la France”...

Qu’elle obscénité, quelle manipulation  de l’histoire de comparer ainsi un résistant torturé qui n’a rien dit alors qui savait tout , à ces jeunes dont l'assassinat est tragique mais qui ne faisaient que d’aller à un concert, ou boire un coup en terrasse... Mais il en va ainsi dans la République de la compassion, du “live”, et des effets de manche, on mélange tout, on oblitère le sens des choses, des mots...Ce dévoiement des symboles et des mots n’est que le début de l’obscurité.

Et puis ces jeunes n’étaient  pas LE visage de la France, loin de là,  mais d’une partie, d’une toute petite partie de la France, cachant celui des chômeurs en fin de droits, des licenciés, des femmes célibataires, des travailleurs précaires, des banlieue en déshérence, des 6 millions de Français vivant sous le le seuil de pauvreté, des mal logés, etc… Ce discours était pour les élites et électoraliste pour notre Président en vue de 2017…

Dans la république compasionnelle,” La jeunesse s'empare des symboles républicains” dixit le Monde,  mais savent ils encore que ce drapeau Français est celui des Colonies, de la Collaborations, des Dreyfusards, de Setif, de la torture en Algérie, d’octobre 61, du Ministère de l’information de De Gaulle, et plus récement des mises en résidence surveillée et des perquisition sous Etat d’Urgence de militants écologiques en 2015 pour la durée de la COP 21. Le vénérer ainsi à tout bout de champs, comme un hochet pour Facebook, c’est comme cracher sur ses victimes passées..

Dans la saturation du réel organisé par les medias,  dans la sidération comme moyen de contrôle des masses, dans cette tristesse sans fin, heureusement que des dissonances appellent à la raison : celle d’une soeur et d’un père  de victimes du Bataclan qui expliquent leur non participation à cette commémoration car pour eux le gouvernement et les politiques sont largement fautifs et ont une part de responsabilité dans cet attentat…


dimanche 15 novembre 2015

Parfois je la revois






























Vers la fin de “Echoes of silence”, le film de Peter Emanuel Goldman, il y a un plan très beau. Etrange. Court. 5 secondes. Une femme habillée de blanc, se tient debout. Dos au mur. La caméra la filme en plongée. Elle émerge de l’obscurité dense de la rue. Elle se détache. Elle en blanc. La rue en noir. Elle a sa main gauche posée sur sa hanche. Dans une pose langoureuse. Elle est en robe. Manche courte.  C’est une nuit d’été. A son poignet gauche elle porte une montre. Elle ne sait pas qu’elle est filmé. Elle est adossé au mur d’un porche. Elle attend. Peut être est ce une prostituée ? Elle attend. Son corps est attente. Son corps a une certaine nonchalance dans sa pose. Oui c’est une prostituée. Certainement. La caméra la filme en plongée. Elle la filme  à son insu. En plongée. Tout a coup. Comment le sait elle ? Elle tourne sa tête vers la caméra, un bref instant. On découvre son visage. Son beau visage.  Son regard. Son beau regard.  Cette femme est belle. Extraordinairement belle. Elle  a une robe  avec des fleurs imprimées.  C’est un film des années 60. Elle a des cheveux courts. Elle regarde la caméra. Un bref instant. Un bref instant, on dirait quelle sourit. Elle regarde la caméra. Surprise. Puis son regard se baisse. Comme honteuse que l’on la filme ainsi. Dans l’attente. Elle a des cheveux courts qui laisse sa place, toute la place , a son visage. A son regard. Elle baisse la tête et pivote sur son côté droit, pour entrer  sous le porche. Se cacher. Se soustraire au regard. De la caméra. Pour disparaître. Elle nous laisse qu’un profil. Une ligne d’elle même. Une tache blanche de souvenir. J’aimerai la retenir. La connaître. Etre la nuit qui l’enveloppe. Être la pellicule dans laquelle son image est imprimée. Retenue. Embaumée.
Parfois je la revois.

lundi 9 novembre 2015

Auschwitz Saison 1





















Le torrent médiatique qu’accompagne la sortie du film “Le fils de Saul” et le story telling journalistique autour de son réalisateur (Premier film, sa jeunesse, presque palme d’or, sa production refusée en France) engloutit quelque peu la réflexion, voire l’intelligence.

La forme narrative et fictionnelle du cinéma traditionnel est elle la forme la plus pertinente pour parler d'Auschwitz ? 
“ Nuit et brouillard “ était un regard d’auteur posé sur l’Histoire. Celui de “Le fils de Saul”  est celui des poncifs scénaristiques et esthétiques du cinéma commercial.  C’est un film d’aventure qui, toute honte bue, se passe à Auschwitz  et il est fort à parier qu’une chaîne Américaine en rachètera les droits pour en faire une série : Auschwitz Saison 1 ; Auschwitz Saison 2, ça aura de la gueule sur les publicités  de Netflix…. 

Et puis le recours à la fiction narrative n’est il pas une faiblesse idéologique ? Un aveu de l’intégration de son propos dans le système marchand, avec comme corollaires l’acception des contraintes marketing de l’industrie cinéma au détriment d’Auschwitz comme Histoire. 

En terme d’écriture cinématographie, ce film est terriblement  marqué par la patte de la génération « Gopro » : Steadycam ad nauseam comme unique réflexion sur l’image, et on se ressent quand même comme un rescapé de l’image car on évité  le ralenti et le time lapse…

D’autres formes de cinéma existent pour évoquer d’Auschwitz, pour regarder Auschwitz, pour réfléchir Auschwitz. Mon court métrage « Le Ruisseau » adapté d’un texte de Charlotte Delbo extrait de “Auschwitz et après / Une connaissance Inutile” ; Editions Gallimard, sera projeté le mercredi 25 novembre 2016,  lors de la soirée de projection de court métrages organisée  par « Les bobines du Loup », au Lou Pascalou, 14 rue des Panoyaux 75020 Paris, métro Ménilmontant. Entrée libre à partir de 20H. Projection à 21H

lundi 19 octobre 2015

Lamentations de lumière













Je viens de découvrir  « Echoes of silence » de Peter Emanuel Goldman tourné en 1964 à New York. Noir et Blanc 16mm . Quelle beauté.  Quelle force. Pas de dialogue. De la musique. Tout est dans l’image. Rien que l’image. Le cadre. La lumière. C’est la caméra qui parle. Qui fait parler les visages. Qui transcrit les émotions. C’est l’image et elle seule qui porte le récit.  Cinema de pur désir. De Pure image.  On rentre par l’image dans l’errance de Miguel, personnage principal, cadrages somptueux de lumière, de fort contraste. Gros plans de visage. Raccord dans l’axe. Les lamentations de Miguel, devient lamentation de lumière. 

A la vision de ce film, tout à coup Taxi Driver, tourné seulement 10 ans plus tard, devient ridicule. Petit. Médiocre. On n’est plus  dans l’émotion pure, mais celle reconstituée du cinéma commercial. Les plans sont du déjà vu. Du bon gros cadrage hollywoodien. On se demande comment a pu aimer  cette soupe  visuelle,  ce New York de pacotille, cette errance qui n’en est pas une, ce scénario à grosses ficelles.  Cette image loin du cinéma. La camera capte mais ne crée pas, on est plus dans le désir, mais l’application des lois, des règles. Des recettes.

Même Robert de Niro me semble fadasse, par rapport à Miguel Chacour qui interprète le rôle principal de « Echoes of silence ». Son visage est image. Il nous dit son désarroi, ses démons, ses espoirs, ses errances intérieures, sa désespérance, magnifiquement. Robert de Niro, joue, Miguel Chacour vit. Voila l’intense différence, que la camera de Peter Emanuel Goldmann saisit, transfigure.

Dans son autre film «  Pestilent City », un court métrage documentaire sur le New York de 1965, sa misère, ses déchus du sytème, sa saleté, ses sans espoirs assit sur les bancs, trainant dans les rues, ses regards d’âme vidée par la malheur. Le regard de Peter Emanuel Goldmann est sans concession, mais en les filmant avec tant de désir, de beauté, on dirait qu’il leur donne une dignité que la Société leur a  refusé. La musique est composé principalement de piano désaccordé mais à certains courts moments, (en 5’0’’), une musique plus orchestrale apparaît avec un son sourd, lent, une sorte de souffle grave, qui fait écho à la musique de Bernard Herrmann pour Taxi Driver, écrite 10 ans plus tard…Etrange résonances, comme si la ville engendrait ces sons.


Le magasin RE:VOIR est une mine de précieux joyaux cinématographiques

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samedi 26 septembre 2015

Impudeur





















Consultation cardiologique pour ma mère. 92 ans. Pré Alzheimer. La consultation se fait torse nu. Je déshabille ma mère. Je vois sa poitrine nue. Ma mère n'est pas gênée. Comme si la pudeur avait disparue. Comme si le corps, n'existait plus. Ou bien qu'il était presque cadavre. Sans âme. Abandonné. En partance.  Un corps en dérade. En retrait. En effacement.

mercredi 12 août 2015

C'est le soleil qui filme









Le rapport entre l’ombre et la lumière est antinomique chez les Occidentaux, pour les Japonais ils sont complémentaire, l’un est issu de l'autre, l’un vit par l’autre, l'un est dans l’autre, l’un est l’autre.

Les Japonais ont la prescience du N&B, les Occidentaux n'en ont que  la conscience. Leurs ressentis sont de l'ordre de la perception, de l'instinct. La notre est de l'ordre de la construction intellectuelle. Ils perçoivent, nous ne faisons que ressentir.

L'unicité qui prévaut dans la culture japonaise est le terreau de leur sensibilité englobante, enveloppante, alors  le noir et blanc est la lumière de l'âme. Les plans en plongée très courants dans les films Japonais est une vision zénithale, c'est le soleil qui filme. le regard qui devient lumière.

Pour eux le flou n’est pas l’opposé du net. Le flou ne corrompt pas le net. Ils sa propre existence, sa signifiance propre.Il structure le regard, s’offre à lui. C’est un univers unifié que nous propose le regard Japonais où lumière et netteté s’unissent : le flou est la pénombre de la netteté, la pénombre est le flou de la lumière.

jeudi 4 juin 2015

22 Gia Long Street, Saigon












Je n'avais jamais vu, ou alors je m'en souviens pas, les scènes filmées montrant l'embarquement des privilégiés Sud Vietnamien dans les hélicoptères Américains sur le toit du bâtiment de l’USAID à Saigon, au 22 Gia Long Street, dont le dernier étage était réservé au responsable de la CIA au Vietnam.

Je ne connaissais que la fameuse photographie prise par le photographe Hugh Van Es d’UPI. Je la connaissais par l'intensité dramatique de cette vision, sa symbolique forte de la victoire du Viêt-cong par la fuite des nantis dans l’affolement. Cette dramaturgie reposant sur plusieurs aspects ; d'abord la dimension de cette file d’attente, son allongement qui suite les structures du bâtiment ; puis sa disproportion de sa taille avec celle de l'hélicoptère Huey UH -1B (emport de 8 personnes), l'étroitesse de la plateforme (toit de la machinerie d’’ascenseur ?) où se pose l’hélicoptère, le cadre serré qui fixe le regard sur cet embarquement.

Vingt ans de guerre et cette évacuation dans la précipitation sur un mouchoir de poche seul territoire restant aux mains des États Unis. Vingt ans de guerre pour en arriver là, peut on penser. Cette photographie est encore plus iconique de la défaite Américaine que celle des chars du Viet Cong, envahissants le palais présidentiel. C’est cet instant figé, que la mémoire retient et sur lequel elle bâtit son pathos, établit sa conscience.

La séquence filmée est tout autre. Elle ne donne pas cette charge émotive que la photographie apporte. Elle ne semble donner qu'une information, loin du symbole. Évidement l'oeil est sollicité par le mouvement : celui des palpes de l’hélicoptère, celui des gens entrant dans l'hélicoptère, celui, nerveux, de ceux qui attentent dans la file et  le  bruit si caractéristique et hypnotisant de l’Huey.
 Bien sûr il y a tout cela, mais aussi peut être que la perceptive moins tassée du film (tourné avec une caméra 16 mme comme on peut l’imaginer), son cadre plus large par rapport à celui du Nikon utilisé par la photo avec un 300mm,  contribue à effacer la dimension symbolique de la prise de vue, ne laissant que celle de l'information, que l'on a oublié…

Dans cet instant, la fonction d’icône revient à la photographie, celle du film est le factuel. C’est la dimension du capteur ( Nikon 24mm x 36 mm / Camera 16mm : 10,2 x 7,42 mm) qui confère à la photographie sa dramaturgie. Le 16 mm, même  avec un fort téléobjectif ou zoom équivalent mais avec une MAP à grande distance, n’offre pas ce tassement des perpectives qui permet de modeler le regard, de créer une tension.

Les caméras du » Nouveau Documentaire » avec leur capteur S35 (ARRi Amira, Black Magic URSA Mini, Sony FS7) offrent ce tassement de perspectives, ce découpage, même imperceptible, du plan de netteté et celui de l’arrière plan; Il est probable que la scène de l’embarquement au 22 Gia Long Street, Saigon, captée par ce type de caméra lui aurait conférer émotion et intensité et aurait rivalisé, en terme symbolique, avec sa contrepartie photographique...

Si la débauche technique que le numérique nous offre parasite le regard, certaines évolutions, comme celle de la démocratisation des capteur S35, lui apporte une nouvelle vision, une nouvelle arme, que nous devons utiliser.