Depuis 1 mois et 1/2 l’écriture du Synopsis de EST stagnait, voire régressait…pourtant je ne ménageais pas ma peine, mais rien de consistant naissait, des bribes tout au plus… A ma décharge c’est la première fois que j’ai à structurer un long métrage d’une façon non narrative et à « mettre en histoire » une si grande quantité d’informations, de récits, de notes au sujet de Stalingrad et du Front de l’Est…Ne perdant pas courage, mais en accusant le coup quand même, je continuais à avancer, péniblement, avec effort..…Et puis en milieu de semaine dernière, je ne sais ni pourquoi, ni comment, l’écriture s’est débloqué, la structure devenait évidente, la dramaturgie prenait corps, les personnages trouvaient enfin leur stature, les scènes apparaissaient…Instants jubilatoires (bien que fragiles il reste tant à faire ! ) où l’écriture, les mots deviennent évident comme si ils avaient toujours existé en moi, comme si cette histoire je n’avais pas à l’inventer, mais juste à l’invité à sortir de moi… A ces instants (que j’ai connus déjà quelques trop rare fois), je ressens profondément que je suis une sorte de médiateur, un lien entre des entités de temps disjointes, une résurgence d’un passé, d’une histoire. Des mots et des images qui à la fois je crée mais qui ne m’appartiennent pas en propre mais qui me sont légués et dont j’ai la charge de transmettre. L’Ecriture est une inquiétante étrangeté.
mercredi 8 février 2017
jeudi 2 février 2017
Que leurs âmes brillent
Aujourd’hui, ce mardi 2 février 1943, est un jour étrange, ici à Stalingrad.
Le silence se pose sur la ville, il nous enveloppe d’une manière si douce et pourtant si brutale. Nos oreilles ne le connaissent plus, il avait disparu de notre vie. 6 mois que nous ne l’avions plus entendu, 6 mois où il s’était effacé de nos sens, de nos souvenirs, où la mort n’était pas silencieuse mais vociférante de vacarme de bruit d’explosion des grenades, des crépitements de mitrailleuse, des cris de nos camarades tombés morts ou blessés, des cris poussés par ceux qui montaient à l’assaut. Le silence se répand tout autour de nous, monte dans le ciel clair, ne craint pas les -31° de cette journée. Nous sommes éberlués de l’entendre de nouveau, et ce sont nos sacrifices, notre désir de vaincre qui a crée ce silence, où vont naître les jours nouveaux ici et aux confins de l’Europe. Vassili n’est plus là pour l’entendre, et pourtant ce silence il aurait aimé l’entendre car il en a été un des créateurs. Je lui écrirai cette après midi, pour lui dire que Stalingrad et son silence pensent à lui…..
Il y a donc 74 ans, ce 2 février 1943, les derniers nids de résistance Allemands se rendaient ou étaient réduits par l’Armée Rouge, le Maréchal Paulus s’étant rendu le 30 janvier, la 6 ème Armée allemande n’existait plus : 380.000 tués, 91.000 prisonniers. L’audacieuse opération Uranus, lancée le 19 novembre pour encercler cette 6 ème Armée se terminait par une victoire totale. Cette victoire est un événement majeur de la Seconde Guerre Mondiale, c’est là que l’Allemagne Nazie est pour la première fois défaite, déjà en décembre 1941 devant Moscou elle avait faibli, mais cette fois çi c’est son anéantissement qui est programmé. Ce retournement historique, l’URSS a en supporté tout le poids humain, c’est à elle et elle seule qu'en revient la postérité.
C’est une grande tristesse que cet événement ne soit pas célébré comme le débarquement Anglo-Américain de Juin 1944. Celui çi arriva bien tard, l’Allemagne Nazie à cette date, est virtuellement vaincue. Les Soviétiques avaient déjà libéré l’Ukraine et lançaient le 22 juin l’opération Bagration, sur une ligne de front s'étendant sur 1 000 km, ils avancent de 600 km en deux mois, arrivant aux portes de Varsovie, c’est la plus importante opération militaire en cet été 1944, bien loin devant le débarquement.
C’est une grande tristesse et une grande injustice, car dans la guerre d’extermination humaine, militaire, économique, culturelle menée par les Nazis sur le front l’Est, l’URSS a gagné au prix de 15 millions de morts civils (dont 1,5 millions de Juifs) et 11 millions de pertes militaires, les Américains ont eu 200.000 pertes sur le front européen, 6000 pertes civiles, un pays jamais occupé. Et tous les ans, en juin, le grand show mediatico-politique bat son plein et pas un mot, pas une pensée, pas un regard pour Stalingrad.
C’est une grande tristesse, une grande injustice et une grande blessure pour le peuple Soviétique, que cet oubli de leurs sacrifices et de leurs ampleurs. Un oubli raisonné, édifié sciemment par les Américains qui dès mai 1945, sans vergogne ont joué les Allemands contre les Soviétiques sans même tenter un dialogue ne serait ce que par respect du prix payé par les Soviétiques dans l’anéantissement des Nazis, et qui du jour au lendemain (même si il y eut les Procès de Nuremberg) ont passé l’éponge sur 15 ans de National Socialisme dans la société allemande.
Voila pourquoi aujourd’hui dans mon âme et mon coeur, je me souviens de ce mardi 2 février 1943 et je rend hommage à ces hommes et à ces femmes, qui nous ont permis de sortir des ténèbres Nazies. Que leurs âmes brillent.
lundi 30 janvier 2017
Lettres d'amour photographiques
Au travers d’un livre, pour l’instant, en auto édition, j’ai pu découvrir le travail de Sylvie R. Robert que j’avais entre-aperçu et déjà aimé sur Facebook
Les photographies de Sylvie Robert sont de l’amour. Un amour immense. Ses photographies sont des lettres d’amour. Des lettres d’amour à ses filles, aux paysages, à la lumière. A la vie.
C’est une photographie d’âme, une photographie du tréfonds, de l’intérieur. C’est son âme qui voit, qui photographie. Elle pose un regard, comme on fait une caresse. Elle a le temps du regard, ce temps ni long, ni court, à la fois instantané et émanant d’un désir lentement construit. Le temps de l’émotion et du souvenir. Le temps de l’écriture.
Elle possède l’art du flou, celui çi s’intègre dans l’image comme un élément primordial. Ce n’est pas seulement le flou d’arrière plan c’est aussi et surtout celui de premier plan, qui capte la fragilité du moment, celui du regard intime qui n’ose pas embrasser la totalité de la scène, et qui fait une pause sur le chemin de l’émotion. Un flou de questionnement, de peur peut être, d’infinie douceur aussi.
Ses photographies possèdent un rapport étrange et beau entre le premier plan et l’arrière plan. Il donne une sensation ambivalente de distance et de proximité, comme si l’auteure voulait d’un seule geste abolir, effacer la séparation de la perception du loin et du près, de l’instant et du souvenir. On retrouve aussi cette écriture de la confusion de la séparation et de l’unité dans ces cadrages élaborés de dos, de nuques comme autant de visage sans visage.
Dans ces photographies la présence de l’auteure est palpable. On sait qu’elle est là. On sait aussi qu’elle s’efface devant son propre regard. C’est une photographie incarnée, et là aussi elle nous perturbe et émeut par son désir de réunir en un seul instant, en une seule matière, la photographe et son sujet. Peut être que les photographies de Sylvie Robert sont en fait des autoportraits, des reflets d’âme.
Sylvie Rober donne à voir. Elle donne. C’est une photographie d’offrande. Que nous prenons dans notre regard avec mille précautions, mille plaisirs et mille remerciements pour ces instants passés avec ses photographies.
Photographie © Sylvie Robert 2017
jeudi 26 janvier 2017
Révolution Treblinka
Sur mes chemins de l’Est, Vassili Grossman m’a fait bifurqué vers Treblinka, dont il est le premier à rendre compte en septembre 1944 dans un récit « L’Enfer de Treblinka ».
Treblinka est un camp d’extermination, comme Sodibor, Belzec, Chemino, dédié à l’extermination des Juifs, c’est à dire qu’une partie d’un convoi, soit environs 2500 personnes arrivait à l’entrée du camps, 3 heures plus tard elles brûlaient sur les buchers à ciel ouvert.
Les Nazis prélevaient dans les convois des jeunes hommes forts pour servir de main d’oeuvre esclave : pour trier les bagages, couper les cheveux des femmes, sortir les cadavres des chambre à gaz, arracher les dents en or, jeter les cadavres dans les fosses et en 1943, pour déterrer des centaines de milliers de corps décomposés et les transporter sur les buchers pour faire disparaître toute trace du génocide. Un des ces hommes, Chil Rajchman, a réussir à survivre 10 mois à Treblinka. Quand la dernière fosse fut presque vidé de ces cadavres, présentant qu’ils seront tous assassinés et que personnes pourraient témoigner, ces hommes se sont révoltés et évadés de Treblinka, le 2 août 1943.
Après guerre il devait avoir une dizaine de survivants sur les 800.000 juifs assassinés à Treblinka. Child Rajchman fit parti de ces survivants. Il réussi à rejoindre Varsovie fin 1943, qui était à 90km de Treblinka et se cacher chez un ami jusqu’à la fin de la guerre. Durant cette période, c’est à dire alors que la guerre n’était pas encore finie, il a écrit son témoignage , « Je suis le dernier Juif » qui a été édité très tardivement, après sa mort en 2004.
C’est une écriture d’apocalypse, une écriture caméra qui enregistre, restitue sans fard la vérité nue, qui nous submerge. Nous envahit. Une écriture à perdre haleine, une écriture qui courre sans arrêt comme ces hommes étaient obligés de le faire dans l’exécution de leurs tâches, ne pas courir assez vite c’était les coups de fouet et de cravache, s’arrêter c’était une balle dans la tête.
Une écriture étrangement belle dans son aridité, son bousculement des mots, sa discontinuité narrative, sa fragmentation émotionnelle, son incomplétude et dans la description de ce temps de mort, des éclats de mot « les wagons tristes m’emportent vers ce lieu… », qui surgissent on ne sait comment, on ne sait d’où.
C’est une écriture cinglante, dégoulinante comme le sang qui sortait des fosses, à mille lieux de celle de Charlotte Delbo par exemple, tout aussi belle, toute aussi profonde et émouvante mais plus posée, plus littéraire. L’écriture de Chil Rajchman est à l’unisson de la vitesse de disparition d’un convoi à Treblinka et quand ces Hommes se sont lancé à l’assaut des barbelés le jour de la révolte, le 2 aout 1943, c’est aux cris de « Révolution Treblinka ! ». Ces cris résonnent dans ma mémoire comme un appel.
Je suis le dernier Juif de Chil Rajchman / Le Livre de Poche
lundi 16 janvier 2017
Glissement de la lumière sur le temps
Jeûne de 7 jours.
Le jeûne rend léger, le corps est en jachère. Au repos. Au silence.
Le corps redevient lent. On le sent.
Perception plus fine, plus pure de la lumière, comme si un filtre avait été ôté, un voile levé, étrangeté d’un nouveau regard.
La pensée, l’écriture deviennent plus facile, comme libérées de la gangue du corps, comme elles se seraient extraites de la matière, de la chair, le corps n’étant plus alors un obstacle, une déchirure.
Respiration, ample, profonde, lente, reposante, au rythme millénaire.
Le temps du jeûne est un temps long, un temps qui s’étend, un temps fluide, un temps où la hauteur du soleil redevient importante, où l’on perçoit l’importance de l’ombre qui s’étend sur le mur, où l’on entend le glissement de la lumière sur le temps.
jeudi 5 janvier 2017
La mort est là
La mort est là. Là dans ma main. La mort est là dans ma main.
La Tottenkoffe, l'insigne des SS est là dans ma main. La mort est là dans ma main. Je la regarde. Je regarde la mort, là dans ma main. Je l’observe. J’observe la mort. Là dans ma main. Là dans mon souvenir. Cette mort jouera dans « EST ». La mort est là. Là dans ma main vieillie. Là vivante dans mon histoire.
lundi 19 décembre 2016
« Viens, et vois » (verset 6:7 de l’Apocalypse)
Découverte du film de Elem Klimov « Vas et Regarde » (1985), dont la lamentable adaptation du titre en français est « Requiem pour un massacre », qui donnerait à penser à un médiocre polar de série B française des années 60, alors que c’est un film magistral sur les actions et exactions des Einsatzgruppen sur le Front de L’Est en 1943…
Les Einsatzgruppen étaient des formations SS chargées de l’extermination des Juifs, Partisans, Communistes, prisonniers de guerre, civils hostiles aux Allemands et qui agissaient conformément aux directives de « l’Ost Plan « sur la liquidation de la population Juive et Slave à l’Est. Ces Einsatzgruppen agissaient immédiatement sur les arrières de la progression de la Wehrmacht. La grande force de ce film, est de faire de nous des témoins, au travers le regard d’un jeune partisan de 15 ans, et cela sans aucune complaisance morbide dans la descriptions des massacres, et sans pathos non plus, juste un regard humain sur l’inhumain : la joie et le plaisir des unités SS à massacrer, (joie aussi des unités de la Wermarcht à assassiner les Juifs, lors par exemple du massacre de Berditchev relaté par V.Grossman dans ces carnets de guerre), leur impunité morale forgée par la « Weltanschauung » (la vision du monde) Nazi, qui s’exprime dans leur actes et leurs discours : c’est la première fois que j’entends dans un film un dialogue exprimant explicitement la volonté normale, légale, idéologique, d’extermination des Juifs et des Slaves pour le Lebensraum, l’espace vital, Nazi. Un film magistral à plusieurs points de vue sur la Guerre à l’Est - scénario, réalisation, photographie, interprétation, dialogues- , loin des Stalingrad d’Annaud et consorts et évidemment, et hélas, bien moins connus.
Les Waffen SS, les troupes combattantes de la SS, est resté, par la réécriture Americano_Franco-Allemande de l’Histoire lors de la Guerre froide, dans le conscient collectif comme la seule expression du « mal » Nazi, forgeant un mythe simplificateur de l’idéologie Nazi par une dualité trompeuse : La Wehrmacht est représenté comme des preux guerriers, à l’esprit chevaleresque, aux officiers cultivés, aux hommes de troupes obéissants et valeureux, à l’opposé les Waffen SS sont des êtres malsains à la pathologie sadique et meurtrière, agissant dans la pulsion des combats.
Mais cette histoire à l’eau de rose, servie à satiété par les états et les médias, se relève être mensongère. Sur le front de l’Est, où il y eut 15 millions de morts civils, donc 2, 5 millions de Juifs, la Wehrmacht a participé aux actions d’extermination de son propre chef : logistique pour le regroupement des population à exterminer par les Einsatzgruppen, exactions, pillage , extorsion de la nourriture, destruction des villages, prisonnier de guerre Soviétique condamnés sciemment à la famine. Cette dualité, « preux guerriers » vs guerriers « sans foi, ni loi », n’existe pas dans les faits, les soldats et officiers Allemands tous corps confondus, étaient unis par l’idéologie Nazi qui en faisait un groupe homogène, avec une pensée commune et unique, quant aux buts de la Guerre à l’Est : extermination humaine, économique, culturelle, militaire de l’URSS, pour constituer le Lebenraum Allemand, et une conscience partagée qu’ils faisaient le bien du Peuple Allemand en exterminant le Peuple Russe.
La réecriture Americano_Franco-Allemand de l’Histoire a aussi réduit la SS à sa seule composante combattante, la Waffen SS, laissant de côté la partie civile et administrative de cette organisation. Mais la SS était l’infrastructure même de l’Etat Nazi, son Elite idéologique édificatrice du III ème Reich, qui a conceptualisé, théorisé, planifié, ordonné, organisé, appliqué, optimisé l’Ost Plan, la colonisation génocidaire de l’URSS.
Richard Walther Darré était General SS et Ministre de l’Agriculture et à ce titre il a participé à l’élaboration de l’Ost Plan dans sa dimension de re-organisation agraire des territoires conquis, celle çi impliquait la disparition de 30 millions de personnes qui était planifié par une famine organisée. Konrad Meyer-Hetling, Herbert Backe, eux aussi était des hauts gradés de la SS et ont été au sein du Ministère de l’Agriculture des zélés technocrates de la colonisation génocidaire de l’URSS. Ici pas de SS psychopathes, abrutis, sadiques. Non ici que des intellectuels cultivés, des brillants universitaires, des diplômés en économie, en mathématique, en agronomie, en physique, en histoire, des dignitaires distingués aux belles manières.
Méconnaître cela c’est méconnaître le Nazisme dans ces aspects fondamentaux. Après les procès de Nuremberg (procès dit des Ministères) on s’est empressé de reconstruire une Allemagne « propre », de gommer, de mettre sous silence, d’atténuer tout cela, comme si le 9 mai 1945, 20 ans idéologie Nazi s’effaçaient du jour au lendemain. La Pax America dans l’Europe de l’après guerre s’est faite au détriment des sacrifices humains et matériels des Russes (15 millions de mort civil, 11 millions de morts militaire), en faisant des vainqueurs du Nazisme, et pour lesquels nous étions redevable de notre liberté retrouvée, le nouvel ennemi.
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