jeudi 1 juillet 2010

L’iPhone, le Leica du numérique



Apple, en 1994 avec la gamme QuickTake s’est essayé, sans succès, au marché de la photographie numérique grand public. Avec l’iPhone (le 3GS et maintenant le 4) Apple trace (sans trop le savoir !!) le chemin de la Nouvelle Photographie en associant matériel et applications.


Le numérique ne signifie pas que numérisation du média mais aussi, mais surtout, logiciel. C'est a dire traitement de l'information. L’iPhone propose une base matérielle (photographique + communication) pilotée par des applications offrant un environnement créatif sans précédent.


Mon iPhone n’est pas «un» appareil photo mais plusieurs :

«Joiner Camera» pour faire des collages dadaïstes temps réel et du bout des doigts, «Snapy» pour déclencher sur un mouvement et développer une esthétique du filé, «iMotion» pour développer celle du stop motion....

Sans compter les possibilités de communication permettant des cadavres exquis planétaires mélangeant photographies, mots, sons, comme un peu ce que propose «Collage Fantasy» qui fait de l’iPhone un outil du hasard, un outil Dadaïste.


Comme le Leica M en son temps, par son petit format, créa une nouvelle vision, une nouvelle esthétique, l’iPhone est en train de créer une nouvelle photographie par son intégration numérique.


Bien sûr la "photo" traditionnelle n'est pas (encore) morte et coexiste mais le processus est engagé et dans 30 ans nous regarderons les canon 5D MK II ( et les autres ) comme aujourd'hui on regarde les chambres photographiques de Daguerre et les cameras 35mm à manivelle : comment pouvait-on faire des photos ou des films avec "ça" ??


Depuis Daguerre on prenait des photographies aujourd'hui avec l'iPhone on capture l'instant. Et nous passons ainsi de la lumière à la création.




Nos images aveuglantes ne nous méprisaient pas.

dimanche 27 juin 2010

L’avant garde du passé



Le Studio Harcourt met en ligne ces prestigieux (dixit le www.monde.fr) portraits. Franchement les portraits Harcourt c’est le label Qualité France des films des années 50, la photographie percluse de tradition, l’avant garde du passé.


Le design de la vidéo proposant ces portraits est pathétique : tout empreinte d’un obséquieux esthétisme, qui se veut élitiste mais qui n’est que l’expression de stéréotypes du beau de la Bourgeoisie où rien ne bouge. Rien ne vit.


Ces portraits dégagent un incroyable immobilisme dans la composition, une extraordinaire nécrose de l’expression artistique, une fantastique sclérose de la création.

On peut gausser à satiété sur la qualité de la lumière, la mise en scène qui font la griffe des Studios Harcourt, de donner dans le «révéler à la lumière la quintessence de l’âme» ou «inventer l’invisible» (extraits du site d’Harcourt www.studio-harcourt.fr), les portraits Harcourt ne relèvent pas de la photographie mais de son absence.


Dans nos veines coulent nos rêves.

mardi 15 juin 2010

Mauvais temps sur l’Image


Apres le Festival de Cannes et Rolland Garros et avant le Tour de France, la Coupe du Monde de Football, c’est mauvais temps sur l’Image tous les jours.


Un mois de photo de visages en sueur. De bouches vociférantes. De mains levées. De figures peinturlurées. De bouches criantes. De houle de la foule. De la couleur. Du gros plan. De la double page. Du ralenti. Du portrait.


Il n’y a pas de "culture foot" (une de Télérama), ou de Foot attitude, la glorification de l'effort, la célébration des sports de masse, le culte de la personnalité ( Z.Zidane) sont les ingrédients de l’Image qui contrôle la pensée, asphyxie la volonté et l'apanage des Sociétés Totalitaires ou du moins Policières.


Le déluge d'images dirigées ne relève plus du ««Reichsministerium für Volksaufklärung und Propaganda» de J.Goebbels, mais c'est plus pernicieux : maintenant c’est cool de communier dans l’effort pour la Nation, et d’ailleurs nos «Bien Pensants» ne font pas la fine bouche, ne froncent pas les sourcils, ne se bouchent pas le nez devant cette Image au service du comportement, à cette occlusion de la pensée par l’Image oblitérante.

Pourtant, les mêmes sont bien prompt à faire de Leni Riefenstahl le parangon de la compromission de l’Image et de la Politique. Leni Riefenstahl, avait au moins (hélas) du talent par rapport à nos faiseurs d'image d’aujourd’hui.


A nos yeux fatigués nous léguerons nos souvenirs.

dimanche 6 juin 2010

Enter the color


Je ne suis pas attiré par les couleurs mais par leurs usages. Pourtant, ou à cause de cela, j’ai été voir «Enter the Void» de Gaspar Noé.

Des longueurs (beaucoup). Des faiblesses (beaucoup). Des facilités (beaucoup). Mais indubitablement une écriture de peintre narratif.


Ici le flou devient un élément constitutif de la narration. (Quel beau plan que celui où Linda apprend la mort de son frère). Un flou, mais pas seulement celui de la profondeur de champs, un flou total, maîtrisé, qui donne à voir.

Et la couleur, manège des regards, chemin de sensations. Pourquoi n'accepterions pas cette vision, cette déclinaison du Fauvisme dans le Cinéma ? Le réel devrait il être la réalité ?

Dans cet univers pictural, étonnement, la bande son m’a semblé toujours être présente, accompagnant le regard, sans l'interrompre, se faufilant entre les couleurs, le son coulant de séquence en séquence.


Film peinture, la post production représente les 2/3 des effectifs, d’une manière identique à «Avatar», les images captées ne sont que de la matière, le support pour peindre l’image. Dans «Enter the Void», la veille écriture cinématographique de la sémantique des valeurs des plans, du triptyque champs / contre champs / plan de coupe est brutalement effacée, mortellement blessée par la couleur et le flou.

Certainement, même à l’heure du numérique, cette écriture désuète aura une longue agonie, mais, on le voit, son renouvellement est déjà annoncé. Et sa fin est inéluctable. Elle périra.

lundi 31 mai 2010

La réalité sombre



La vision numérique ne concerne pas seulement la représentation binaire de la réalité mais la manière de rendre visible cette représentation. Le raw est véritablement numérique car la représentation de la réalité n'est que calcul.


Modifier ou changer la balance des blancs sur un film «non raw» est une forme analogique de modification, et quand bien même on utilise des formules mathématiques c'est une altération de la représentation, la réalité n'est pas refaite mais altérée. Transformation.


Pour un film au format raw on n'altère pas la représentation, on la recrée. On réinjecte les nouveaux paramètres sur les données brut du capteur, et on recrée une nouvelle représentation, non pas par une altération mais par un recommencement. Renaissance.


Le capteur voit la réalité que sous forme d'intensité lumineuse, une réalité monochrome, matinée de vert. La couleur y sera calculé via les informations d’un filtre Bayer par exemple, ainsi que la balance des blancs, le contraste, la saturation etc..

Le raw est donc un calculateur de réalité. Il capte une réalité objective privée de sens, les paramètres que l’on injecte pour le développement, pour rendre visible, crée la réalité subjective, celle qui fait sens, qui fait regard. La réalité n’est donc pas ce que le capteur enregistre, mais ce que l’on fait de ces informations.


Le raw n’est pas une chambre noire, mais une chambre grise renfermant une réalité sombre, un réel en attente d'existence.

vendredi 28 mai 2010

La dialectique du flou




Le flou est un élément fondamental de la composition filmique. Il dilue les formes, les couleurs, la lumière. Le mouvement alors, devient trace lumineuse et la lumière redevient onde. Le flou par son opposé, le net, met en valeur, met en lumière, met en forme. Et le regard se pose sur l'indistinct entre deux, cette déclinaison du flou en subtils enchevêtrements de netteté, cette dérive de la netteté en d’infinis fragments.Glissement progressif du net au flou en dégradés étranges, en zones effleurantes

Presque caresses, érotisme de la perception.

Par cette dialectique, l’image donne à voir une réalité qui s’efface, qui s’éclipse pour aborder l’Abstraction créatrice de sens, pourvoyeuse de sensations.

mardi 18 mai 2010

Comment reconnaître dans la rue, un étalonneur ?



Certainement qu’il est plus facile de trouver grâce aux Nike coloriées à la demande :-) ) un étalonneur dans la rue que de trouver du Cinéma au Festival de Cannes.

A Cannes pas de Cinéma, que du Spectacle.


Alors pour combler mon spleen d'image ; alors pour effacer de mes yeux la misère médiatique de cet événement, j’ai commencé, avant de le lire, à feuilleter, à caresser des yeux, le livre de Siegfried Kracauer «Théorie du film. La rédemption de la réalité matérielle» un essai sur le cinéma parut en 1960. Magnifique titre qui m’a émut car il porte en lui l’essence même de l’image, celui de notre désir à la capter, à la travailler.


Alors quand en 2010 JL Godard fait encore figure d'avant garde et fait encore frémir Télérama, alors quand l'industrie cinématographique fait salon, retour aux sources, à l'étude, au questionnement, au doute.

Loin du Spectacle, près de l'Image.