jeudi 13 mai 2010

Gamma Sûtra



Le plaisir de l'exposition juste. La jouissance des ombres pleines, des hautes lumières denses, des tons intermédiaires tout en richesse, d’un gamma en pente douce pour y puiser dedans lors de l’étalonnage. Prendre le temps de l'évaluation de l'exposition, de comprendre la lumière que l'on capte, de s'attarder sur sa valeur en terme de sens et pas seulement sur ces valeurs de diaphragme, de vitesse, de sensibilité.

Le zebra ou l’exposition matricielle plus ou moins évoluée fournie une exposition de qualité moyenne c’est à dire, qu’elle plaît à tous les regards sans en satisfaire un seul.

Revenir à une exposition particulière, abandonner les chemins tout (trop) tracés des moyens (trop) perfectionnés pour reprendre les chemins lents et buissonniers de la l'appréhension de la lumière.

Revenir à la réflexion, à l’usage du Spotmètre, car prendre une photo c’est prendre la lumière.

samedi 8 mai 2010

Par la lumière, écrire.


Magnifique travail de la lumière de la part du Directeur de la Photographie Martin Ruhe dans le film de Julie Delpy "La Comtesse". Un travail, tout en blancheur, en couleur de peau, en jour rentrant par la fenêtre. Miroir des corps exsangues aux couleurs mortes. Un travail délicat, toute en nuances subtiles, en variations ténues. Certains plans fixes relèvent sans ambiguïté aucune des peintres Flamands. Alors, l'image est toile, et donne au regard cette sensation de matière, d’ombres qui ne cessent de se perdre dans les creux des robes, de blancs qui ne cessent de s’abîmer en perpétuelles variations. Lumière narration, lumière constitutive du récit, son architecture intérieure, les arc boutant du sens. Lumière écriture.

A la lecture du générique, j’ai pu voir que ce film a été tournée en 35 mm et numérisé via un Arriscan et quant bien même, à ma grande déconvenue :-) l’étalonnage est noyé dans la partie post production (je n’ai pas pu distinguer le nom l'étalonneur !), car certainement que technique, on voit dans le travail de Martin Ruhe, que c’est celui, d’un auteur à part entière, un auteur qui par la lumière, écrit.

lundi 3 mai 2010

Eloge du Raw




Après études des workflows je suis en train de passer à l'étalonnage de flux DPX / Raw (comme par exemple pour les Cameras Red ou Arriflex Alexa).

Je quitte le monde du bruit numérique, le monde de la vidéo, pour me plonger avec délice, désir, volupté dans le monde du silence numérique, celui du Digital Intermediate celui du Raw (et du DPX en «Log C»), car ici toute est matière, densité, nuances, courbes. Plénitude.


En fait étalonner de la vidéo est une hérésie, un non sens. On étalonne une matière figée, une matière morte, et plus la prise de vue est de mauvaise qualité, plus cette matière est fragile, et s'effrite à l'étalonnage. On n’étalonne pas de la vidéo, on colmate, on répare, on améliore souvent, on créé parfois ( quand même !)


Dans le monde du Raw, l'étalonnage est à la fois une nécessité technique et une contribution créative au film. Car dans ce monde, l’image est latente, en attente. Une naissance certainement.


Dans ce monde, on façonne la lumière dans une matière souple, pleine. Un monde où l’on révèle, où l’on extrait la lumière. Dans ce monde, l'étalonnage fait sens car il est l’interprète entre la matière et la vison du Réalisateur et du Directeur de la Photographie. Car pas d’illusion, quand bien même si le Raw offre une souplesse inégalée, le rôle du Directeur de la Photographie reste essentiel, primordial, incontournable par son savoir faire de capteur de matière lumineuse.

Eloge du Raw, où la prise de vue capture la réalité et l'étalonnage la met en lumière.

vendredi 23 avril 2010

Le vrai du flou



Comme j'aime New York j'ai été voir "New York, I love you", dans cet exposé niais de mièvreries amoureuses ayant pour décor New York, la partie intitulée "Hotel Suite" réalisé par Shekhar Kapur a retenue mon regard a défaut de mon intérêt.

A un moment il y a un très beau plan : nous sommes face à une porte fenêtre encadrée de rideaux blancs, l'ambiance est très lumineuse, très blanc (pas sur exposé, non le blanc a de la matière, du mouvements, des ondes : beau travail du DOP et de l'étalonneur !). A droite , en accroche, il y a le dos de Julie Christie, qui regarde le garçon d'étage de l'hôtel aller vers la fenêtre. A cet instant la profondeur de champs est minimale, le flou est à son maximum ; alors la silhouette de l'acteur devient filigrane, dessins, lavis, se diluant dans le blanc de la fenêtre. A ce moment nous quittons l'image pour la peinture, la narration pour la poésie, le regard pour l'émotion. A cet moment, le flou est oeuvre, écriture. Comme si la réalité s'exprimait mieux quand estompée, elle disparaît à notre regard.

lundi 5 avril 2010

Toucher la couleur



L’iPhone et encore plus l’iPad, ouvrent la voie aux interfaces tactiles. Comme la suite «iWorks» a été réécrite entièrement pour l’iPad et son interface tactile, on peut imaginer, du moins rêver pour l’instant, des nouveaux logiciels de montage et d'étalonnage entièrement basés sur une interface tactile, du plus basique, un pupitre d'étalonnage virtuel , au plus avancé avec des créations de masque ; des réglages colorimétriques par induction tactile ; des créations d'arbre d’effets par des gestures spécifiques.... En supprimant l’interface médiatrice (souris, stylet) entre le désir et l’action, l’interaction sera corporelle, on pourra toucher la couleur, effleurer la saturation, frôler la luminance. Alors l'étalonnage (re)deviendra peinture.

lundi 29 mars 2010

Les Nouveaux Méliès


J’ai été voir en 3D, par curiosité, «Avatar» et par goût «Alice au pays des merveilles»

Ces 2 films ne font pas de la 3D un usage d'attraction visuelle (bien que parfois j’ai rentré la tête ds les épaules quand une tasse volait bas ou qu’une pointe de lance transperçait l’écran...), mais un usage esthétique qui donne une matière à l’image, une sorte de consistance visuelle.

Mais au delà du 3D, c’est la création numérique ex-nihilo de décors, paysages, personnages et l’intégration de personnages vivants qui fondent une nouvelle ère de création. Avatar a établi les bases d’une chaîne de production de Motion Capture, qui vont devenir les fondamentaux des production futures. Ce n’est plus de la réalité virtuelle (tout peut être vrai ) mais de la véracité virtuelle (tout semble vrai).

Un basculement aussi dans les fonctions, j’ai regardé jusqu’à la fin le générique d’Avatar : la partie concernant la production en terme de prise de vue du «réel» représente 25 % (à la louche ! ) le reste c’est la post production, la création de ce qui n’existe pas.

Ce sont les Nouveaux Méliés, cependant, même pour T.Burton, ils leur manquent la poésie de leur précurseur pour en être les dignes continuateurs.

mardi 9 mars 2010

Levier de perception


Loin des lourds effets colorimétriques que certains films font usage pour parfaire leur trame dramatique (où en plus méchant pour palier à sa faiblesse, voire son absence ! ), l'étalonnage est le plus souvent dans la subtilité, la finesse, le juste geste.

Une correction mineure, un ajout léger, une modification gracile ont le plus souvent un effet de levier en terme de rendus, de perception, bien plus qu’un lourd ensemble de modifications.

L'étalonnage ne crée pas à proprement parler, il doit rentrer en résonance avec l’image du D.O.P et le sens du Réalisateur, agissant comme un révélateur de la latence.