Affichage des articles dont le libellé est Situation(s). Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Situation(s). Afficher tous les articles

dimanche 18 mai 2014

La caméra amoureuse


















Si la forme d'India Song, le beau film de Marguerite Duras, tranche avec le cinéma standard, le cinema narratif, si le texte a une grande beauté propre, l'image reste d'une beauté académique (pourtant c'est Bruno Nuytten qui est à la caméra), une image  ampoulée d'une esthétisme convenue, une image bourgeoise dans son essence et sa forme. 

Le premier plan échappe à cela, sa beauté qui pouvait laisser augurer une grande mélopée visuelle, est orphelin. Il est seul. Comme abandonné.

Certes on peut imaginer que la réalisatrice a souhaité, cette rigueur, cette distance, ces compositions larges, ces plans comme des tableaux, pour "dépeindre" ses personnages, cette atmosphère. Mais si l'entité film est déconstruite, celle de l'image conserve un classicisme aux audaces étriquées. La déconstruction de l'image par le flou, les valeurs de plan, par une caméra organique, une caméra amoureuse des peaux et des regards reste, encore aujourd'hui, une lutte à mener. Un désir à assouvir.

jeudi 1 mai 2014

La tête dans les images





















Découverte d’Olivier Smolders aux court métrages attirants, avec une vraie démarche esthétique et un parti pris du non narratif.  Son recueil de court métrages en DVD qui s'intitule « Exercices Spirituels » est une gourmandise visuelle, à l’exquise saveur poétique. Du cinéma. 
Son unique long métrage « Nuit noire » est moins attirant, moins convaincant comme si la durée diluait son talent. Pour Ingmar Bergman  son talent se dilue dans l'espace qui n'est plus clos (maison, île, couple, névrose). « L’oeuf de serpent » ou « La honte » sont, à mes yeux, des films faibles, vides. Ce n'est pas tant l'espace qui perd I.Bergman mais c'est un territoire qui ne lui convient pas,  où il est étranger. Une âme errante. Il n'est plus dans ses terres mais dans celles du conventionnel, de l'attendu, dans celle de la doxa narrative marchande. Il nous faut être ce que nous sommes.

Le festival de Cannes approchant, je commence à me protéger du déluge médiatique qui va s’abattre  sur nos têtes, et plus que jamais,  je reste la tête dans les images…

samedi 31 août 2013

De la séparation au cinéma






















La différence entre  les équipes pharaoniques du cinéma commercial et le mono cinéma comme celui de R.Depardon ( et les variantes des films aux équipes réduites), n'est pas seulement une question de regard, mais aussi une question "politique" liée à la division du travail, elle même conséquence d'une production capitalistique de l'image.

La vision unitaire de la création est fragmentée entre celle du producteur, du réalisateur, du chef op, du monteur, de l'étalonneur. L'image spectaculaire résultante de cette séparation  entre l'image et  sa création est la source première de l'aliénation du film au mode de production capitaliste. C'est une image du capital, pas une image de vision, une image de la création par le travail loin du travail de création. C'est une image externe à l'esprit, dissociėe du soi ( et donc en ce sens, spectaculaire), une image étrangère a celui qui l'a produit, car en exil de lui même. Une image, image de la marchandise, aux confins du désir.

Les outils actuels (Black Magic  Camera / FCP X / Resolve ) nous donnent les possibilités, les moyens, comme jamais, de supprimer (ou du moins limiter) cette séparation, de désaliéner nos créations et, hier comme aujourd'hui, de construire nos propres situations,  de créer nos  propres images.

dimanche 20 mai 2012

Le plaisir de l'absence




























Coup sur coup à  quelques semaines d'intervalle est apparu la camera S16 Ikonoskop  Panchromatic et le Leica M Monochrom, deux machines qui ne font exclusivement que du Noir & Blanc. Au delà de la problématique de prix (le Leica  est à 6800E !!! ), l'apport de la qualité d'un capteur N&B (abandon de la mosaïque de Bayer et du traitement associé) est indéniable et la tentation est grande d'utiliser ces appareils..... 

Si en argentique passer en N&B coutait le prix de la pellicule, en numérique, paradoxalement, pour l’instant il  faut changer d'appareil !  
On peut se laisser bercer par le rêve d'un boitier full frame avec un dos/capteur interchangeable....Le Ricoh GXR avec ces modules indépendants combinant capteur/objectif ou combinant capteur et une monture M,  pourrait proposer cela, par exemple le GXR Mount A12 en version Monochrome.
Revient en moi, le désir de retrouver la subtilité des lacis des gris, la profondeur des noirs, l'envolée douce des hautes lumières. Appréhender la joie de l'abandon de la couleur, jouir du plaisir de son absence. Le Noir & Blanc comme révélateur de sens, de  la perception pure, où la vérité se noie dans l'image.  

mercredi 28 décembre 2011

L'image est parole


De nouveau j'ai regardé le documentaire de Yann le Masson "Kashima Paradise" réalisé en 1974 qui analyse au travers de deux projets industriels (une aciérie à Kashima et la construction de l’aéroport Narita ) la société japonaise et la lutte des opposants (paysans, étudiants, ouvriers) à ces projets, qui défigurent, polluent, asservissent.


La société japonaise est montré sous son entrelacs de»giri» ces dons entrecroisés qui obligent les deux parties et celui de la relation patriarcal qui de la famille à l'entreprise régit, par la soumission à la hiérarchie, les relations entre personnes. On y parle de Lutte de Classe ( oui ça existait) . A la relecture de ce documentaire, Fukushima, semble être le prolongement direct de Kasima, de Narita, de Minamata. Un goût amer de recommencement.


Le documentaire n’est que image, pas d'interviews, et les leaders de réunions (même en plan serré) n'ont pas de voix synchro, la bande son n'est que bruit d'ambiance, peu de musique et la belle voix off qui dit les commentaires (écrits par Chris Marker)


L'image, et les beaux cadres de Yann le Masson filmant à l'épaule avec son Eclair ACL, se suffit à elle même. Car ici l'image est parole.

jeudi 11 août 2011

Un cadavre dans le regard


Pour être présidentiable faut il avoir un regard vide, regarder le spectateur sans le voir, fixer le lointain du vertige, être à ce point figé dans l'absence ? On ne peut que se poser ces questions à la vision de la photo de F. Hollande sur la couverture du Point illustrant les bonnes pages de son livre programme "Le rêve français".

De Hitler à Pétain, en passant par Staline, F.D Roosevelt, de Gaulle, Mitterand, Sarkozy, le regard de l'homme politique s'affiche. Etonnante similitude entre ces regards et ceux absents des comédiens (?) et comédiennes (?) du roman photo de "Nous deux" ("Nous Deux" est sur Ipad et iPhone et 290.000 ex papier, excuser du peu, sont vendus (2,90E) chaque semaine…)

Expression figée, statuaire, monumentale, presque mortuaire. En détournant R.Vaneigen on pourrait dire que ceux qui parlent de révolution et de luttes des classes sans se référer explicitement à la vie quotidienne sans comprendre ce qu'il a de subversif dans l'amour et de positif dans le refus des contraintes ceux là on dans le regard un cadavre.

Ces expressions sans vie dénotent dans l'imagerie actuelle fait de Lofi, de partage, d'instantané, de décalé, de retouché. Le réel est mouvement, le sens est réticulaire. Et le politique s'enfonce dans l'immobilisme funéraire des erzats des clichés du Studio Harcout. L'image des hommes politiques nous permet de saisir visiblement ce qu'ils sont explicitement : des incarnations vieillissantes d'un temps passé, d'un ancien monde, scories d'un langage visuel aujourd'hui agonisant. Ils ne sont pas le futur, mais juste les revenants du monde mort de l'absence.


Le roman photo de "Nous deux " est imminent politique en terme d'image et de discours (tout fini bien, le bien et la morale triomphent ; les poses figées, le regard fixe, visant le néant). Certes "story telling" fait plus sérieux, plus intellectuel, plus tendance mais il est indéniable que le roman photo est à l'unisson du discours pathétique des programmes politiques, comme si on avait le temps de rêver avant d'agir. C'est en réalisant nos désirs que nous les ferons connaitre.

lundi 18 juillet 2011

Une beauté fulgurante



Découverte par hasard du photographe Américain Matt Black. Sidération.

Une photo toute en profondeur de champs, très peu de flou. Au 35 mm et/ou 28mm. Composition large. Noir et blanc. Si beau qu'il me semble qu'il ne puisse pas avoir été pris en numérique. Il capte la misère des petits paysans américains et des mexicains laisser pour compte. La dureté des paysages désertiques.


Pourquoi tant d'émotion ? Alors que mes yeux sont saturés des photographies que l'on trouve dans les magazines de photos (celles de livres photo ou des lecteurs), des galeries de partage de photographies sur le web.

La majorité d'entre elles sont belles, mais mortes. Elles ne m'émeuvent pas. Biens sûr elles sont esthétiques, mais une esthétique du vide, une esthétique de société. Une expression collective mais pas une recherche personnelle. Pas un engagement. Un désir. Une vision. Matt Black a un regard, un engagement, une vision. Il écrit une histoire. Construit une oeuvre. Il voit. Il nous fait voir. Nous voyons.


Avec les grands capteurs ( full frame ou APS ) la faible profondeur de champs est devenu un tic esthétique. Peut être une sorte de palliatif à une incapacité à faire un cadre, de composer un regard, de bâtir une vision, de proposer une émotion.


Dans la photographie mondialisée, l'image se perd dans l'absence. Il est bon parfois de la retrouver, vivante, forte,

et de côtoyer sa terrifiante beauté.


http://www.mattblack.com/kingdomofdust/01.html

dimanche 26 décembre 2010

Slow Vision



Comme si il voulait être à l’unisson de ces temps d'agape, ces temps du trop, du gras, du surplus, de l'excès, le Grand Palais innove en ouvrant (en janvier) 24H/24H l’expo Monet.

Si il est à l’unisson de ces temps
où on se baffre, se gave, ingurgite, s’empiffre, il est à contre courant des mouvements «slow» : Slow Food (www.slowfood.fr) ou Slow City (www.cittaslow.net) qui milite respectivement, pour une nourriture de goût et responsable des impacts de la consommation et l’autre pour un rythme de vie et de développement des villes plus réfléchis, moins tournés vers l'efficacité industrielle.


Face à l’abondance visuelle, à l'outrance de l'image, à la saturation de la vision par la culture de masse, peut être serait il temps de lancer un mouvement de «Slow Vision» axé sur un accès raisonné à l’Art, une vision lente et réfléchie d’une oeuvre qui serait exposée avec langueur ? En évitant ces expositions massives, ces expositions où l’on se goinfre d’Art, ces expositions qui à force de vouloir avoir le plus grand nombre d’entrées ne sont qu’elles même leur propre produit dérivé. Une marchandise que l’on achète, puis un déchet que l’on jette. Une purulence visuelle, qui aveugle. Monet est lent.

mardi 9 novembre 2010

Triste lumière


Cédant à mon faible pour les films en costume, j’ai été voir «La Princesse de Montpensier» de Bertrand Tavernier. Au delà des longueurs, et du rythme mollasson de ce film, quelle déconvenue quant à la lumière ! Si il y a quelques beaux plans, le reste est sans consistance, et les premiers plans en extérieurs sont étonnamment mal équilibrés, les hautes lumières pas maîtrisées, l’ensemble est fadasse, sans cohérence, et surtout sans modelé, sans vision. Etonnant quand on sait les moyens déployés...

Et puis au 3/4 du film des champs contre champs, qui semblent avait été tournés à 3 H d'intervalle sans récupération d’étalonnage.Vraiment étonnant.


La disparités de la qualité de la lumière entre scènes est étonnante, comme si le film était une suite de scènes et non un tout, comme si la vision globale était absente, et que le film se contentait d’un bout à bout de lumière, parfois très beau, le plus souvent médiocre.

J’étais resté sur la très belle lumière du film «La comtesse» de Julie Delpy (Voir mon post «Par la lumière, écrire» www.paperblog.fr/3198113/par-la-lumiere-ecrire/), là il y avait un vrai travail de cohérence, de structuration de la lumière. Elle avait une consistance, un modelé, une matérialité qui la faisait partie intégrante du ressenti, de la narration. Dans le film de Tavernier, la lumière n’est que là pour la pellicule, pas pour l'émotion. Ainsi meurt le regard.

lundi 18 octobre 2010

Les échancrures du réel



Première visite (car j’y retournerais) à l'exposition Monet du Grand Palais. Un peu frustré car certaines toiles aimées et vues en reproduction n’y sont pas (Mais Monet a été si prolixe que le Grand Palais est pardonné !) mais aussi subjugué par le grand nombre de tableaux présents, offrant une immersion dans l’oeuvre, un voyage dans la lumière. Car c’est d’elle que vient l'émotion, sa présence qui fait vaciller comme dans «Femme au jardin». Et ce vert. Je ne sais pourquoi mais le vert que Monet utilise dans ce tableau et aussi dans «La vague verte» et «Paysage d’usines», m’attire, me trouble, comme un rappel, une mémoire abandonnée.


Devant la puissance de la série sur les Cathédrales (ou des Peupliers, des Meules de Foin, du Pont d’Argenteuil...), cette exploration du rendu de la lumière, la photographie HDR fait pâle figue, non pas en terme d’intérêt mais en terme de recherche et de créativité. Et de facilité. Loin de la création presse-bouton imposé par le marketing, Monet lutte, combat. Sa peinture si légère nécessite détermination, énergie, persévérance, travail,réflexion, expérimentation, erreur, engagements, errements, questionnements, recommencements. C’est cela la lumière.

Ainsi la mort en devient lumineuse ( Camille sur son lit de mort), un parquet un reflet d’eau (Un coin d'appartement), un bras de la Seine, le début du monde (Matinée sur la Seine).


Au fil des tableaux, en une lente dérive lumineuse, je me à rêver de pouvoir un jour filmer des paysages avec une caméra possédant une grande plage dynamique (comme l’ARRI Alexa) pour capter les nuances des hautes comme des basses lumières, et une fois cette matière captée, engrangée, à l’étalonnage la travailler comme un forcené, et de vibrations en résonances, de fractales de couleurs en touches de vision, de rentrer dans la lumière comme Monet l’a fait dans ses toiles, échancrures du réel, car il peint ce que l’âme voit.

lundi 27 septembre 2010

En rencontrant Monet


Le Grand Palais, à l’occasion de l’exposition Monet, propose dans sa «Boutique Monet», son lot de merchandising sur Monet, avec un mug à 9,50 E la RMN assure ainsi son avenir financier (qui en 2001, avant le passage à l’euro donc, aurait payé un mug 62,23 F ?????).

Calendriers, boucle d’oreilles, foulards, bougies, posters, montres, cravates, bagues, bracelets, colliers, sacs, longue liste à la Prévert de ces babioles culturelles qui transforment une Oeuvre en Marchandise.


Cette pratique de la Marchandise, est de bonne guerre (commerciale), et cela ne gène pas la RMN, antre culturelle si il en est, mais cette fois çi, elle a poussé le bouchon encore plus loin. Sur le site dédié à l’exposition (monet2010.com), il est proposé un «Voyage» qui permet de parcourir de l’oeuvre de Monet à travers «une expérience digitale unique» dixit le site.


A part le bel effet de révélation des toiles, (comme une tache se répandant sur l’écran en une jolie progression fractale), mais quand même un peu lassant à la x ième vision, cette «expérience digitale unique», permet, en cliquant, de faire envoler la Pie sur le tableau, «La Pie, effet de neige», sur un autre tableau de faire onduler l’eau, sur un autre d’enlever le brouillard, sur un autre de faire tourner les ailes d’un moulin, et enfin de faire carillonner les cloches de la cathédrale de Rouen...

Quelle créativité ! Quelle interactivité ! On se croirait dans les années 1990, où l’on pensait que cliquer c’était faire interagir l’utilisateur... Et puis, ces interactions vides de sens qu’apportent elle à l'utilisateur comme connaissance de l’oeuvre de Monet ? C’est un pur produit marketing, du graphisme pour le graphisme, avec une esthétique maniérée de publicité. D'ailleurs l’agence qui a réalisé ce site est une grande spécialiste des sites produits en Flash (Jean Paul Gaultier, Oasis (la boisson..), Lancôme, Karl Lagerfeld.....). On comprend mieux le traitement infligé aux oeuvres de Monet, dans la lignée de la » Boutique Monet» de la RMN, ils ont fait fait le site du produit Monet.


Louis Gillet, critique d’art, a écrit en 1927, «Trois Variations sur Claude Monet» (Éditions Klincksieck). Ces textes font partie des plus beaux écrits sur l’oeuvre de Monet, ils nous apportent une compréhension sur le travail de Monet, sa nouveauté, sa profondeur, son ancrage dans l'Histoire de l’Art, le tout dans une écriture belle et attirante. Ici pas «d'expérience digitale unique» mais des mots, rien que des mots ; du sens rien que du sens ; de la réflexion rien que de la réflexion ; de la beauté, rien de la beauté.

Même si l’image est mon métier, mon moyen d’expression, devant l’image marketing, je me replonge dans les mots. Et dans les mots de Louis Gillet, je rencontre Monet.


mardi 21 septembre 2010

Monet, une réalité adolescente


Avant le tsunami humain et médiatique (en partie déjà commencé) de l’exposition Monet au Grand Palais, j’ai été voir «Monet et l'Abstraction» au musée Marmottant. Une exposition intelligente et belle, mettant en parallèle plusieurs œuvres de Claude Monet et celles d'artistes qui s’en sont inspirés (Kandinsky, Joan Mitchell, Pollock, Ritcher....) montrant ainsi la contribution incontournable et fondamentale de Claude Monet à l'Art Abstrait.


Au détour de la visite, découverte de deux tableaux de Monet : «Bras de Seine, près de Giverny, soleil levant» (1897) et «Charing Cross Bridge» (1899).

Dans ces 2 tableaux, la lumière est à l’état pur tant les formes sont suggérées. Un fantôme d’image, dans une sorte de désaturation qui m’a fait pensé à l'image obtenue par les cameras numériques qui fournissent en sortie une image logarithmique 10 bits (Panasonic Genesis, Sony F23 entre autre..). Etrange résonance entre peinture et numérique. Vibrations de la création se propageant d’époque en époque.


Formes diaphanes, couleurs en apesanteur, ces deux tableaux donnent à percevoir une réalité en révélation, une réalité adolescente. Une image si fragile que l’on n’ose la regarder de peur de l’effacer. Une image si fragile mais pourtant si présente, si forte, si prégnante dans la sensation qu’elle procure, dans la réalité qu’elle impose. La matière s’estompe devant la lumière, et nos yeux deviennent capteurs d’âme.

mardi 7 septembre 2010

Misère et tristesse de la Marchandise


C’est la rentrée. Pour le Luxe aussi. Chanel et Dior nous gratifie de film -publicité. : un 30 secondes réalisé (?) par M.Scorsese pour l’un et un 16 mins (!) réalisé (?) par D.Lynch pour l’autre.

Quelle misère esthétique. Quelle tristesse visuelle. L'esthétique est si codifié, si maniéré, si rigide que l’on croit que l’on a déjà vu 100 fois ces films. Le Luxe n’a rien à dire. Sauf : acheter.


Dans ces deux films (?), à part les produits il y a aussi des acteurs (?) et actrices (?). Dans l’un (Chanel) le mannequin s’essaye à la comédie (scène où elle refuse le baiser et s’en va), c’est un jeu bien appuyé, tout en lourdeur. Pitoyable.

Dans l’autre (Dior) Marion Cotillard est à l’apogée de son art dans ce rôle où tout n’est que exagération et appui. C’est vrai que la différence entre une «biopic» et un film produit est maigre, tant les deux sont de la marchandise avant d’être du cinéma.


Et puis il y a la terrifiante audace visuelle de Mr D.Lynch qui foudroie le spectateur : des filés de lumière la nuit et des trainées de mouvement dues à un prise de vue en obturation lente. Mon dieu ! Du jamais vu ! De la pure invention ! On se pâme devant tant de création. On frémit devant cet d’avant-gardisme si subversif.


Il semblerait que l'esthétisme du luxe se réduit à montrer des choses chers : 1 suite d’un hôtel 5 étoiles + 1 David Lynch ; 1 parfum + 1 Martin Scorsese ; 1 sac + 1 Marion Cotillard. Mais cela fait il un film ? Mais cela créé t-il une sensation ? Mais cela génère t-il une sensation ? Bien que le story board de chaque publicité est dicté par les études de marché, on peut se demander, devant cette béance de la création, si les pubards du Luxe ne font pas fausse route et qu’à force de présenter du vide, ils ne récoltent que du vide.



Et puis, Mrs D.Lynch et M. Scorsese ont ils des fin de mois si difficile pour se vautrer ainsi dans la fange du Luxe ?

mercredi 7 juillet 2010

Dichotomie de l'émotion



J'ai étalonné dernièrement le film de James Nicholson " Nobody Knows My Name". C’est la seconde fois que je travaille pour ce jeune réalisateur franco-américain dont les images, sa manière de filmer m'avaient tout de suite attiré. C’est est si rare ce talent de cadrage, de composition. D'avoir créé sa propre écriture cinématographique, sans artifice technique ou d'effet. Une écriture au service du sens.


Dans Nobody Knows My Name (un docu fiction sur un membre des Black Panthers qui en 72 détourna sans violence un avion vers l'Algérie et qui depuis plus de 35 ans vit en exil en France), vers la fin du film, le personnage principal regarde Paris depuis les hauts de Belleville, une larme coule sur sa joue.


Quand le film a été projeté à l'Elysée Biarritz, cette image m'a émue.

Mais au temps de l'étalonnage pas d'émotion ; pourtant je l'ai vu plus d’une vingtaine de fois ; pourtant en l'étalonnant j'ai peaufiné son rendu pour que la lumière contribue à cette émotion. Mais à ce moment là l’image n’était que lumière, matière. Elle n’était qu’image et non sensation. Plus tard lors de la projection elle sortira de sa gangue technique pour devenir émotion.


Etrange dichotomie qui a la fois sépare et assemble, éloigne et rapproche. Plaisir de vivre cela.



Nous sommes les descendants de nos futures visions



jeudi 1 juillet 2010

L’iPhone, le Leica du numérique



Apple, en 1994 avec la gamme QuickTake s’est essayé, sans succès, au marché de la photographie numérique grand public. Avec l’iPhone (le 3GS et maintenant le 4) Apple trace (sans trop le savoir !!) le chemin de la Nouvelle Photographie en associant matériel et applications.


Le numérique ne signifie pas que numérisation du média mais aussi, mais surtout, logiciel. C'est a dire traitement de l'information. L’iPhone propose une base matérielle (photographique + communication) pilotée par des applications offrant un environnement créatif sans précédent.


Mon iPhone n’est pas «un» appareil photo mais plusieurs :

«Joiner Camera» pour faire des collages dadaïstes temps réel et du bout des doigts, «Snapy» pour déclencher sur un mouvement et développer une esthétique du filé, «iMotion» pour développer celle du stop motion....

Sans compter les possibilités de communication permettant des cadavres exquis planétaires mélangeant photographies, mots, sons, comme un peu ce que propose «Collage Fantasy» qui fait de l’iPhone un outil du hasard, un outil Dadaïste.


Comme le Leica M en son temps, par son petit format, créa une nouvelle vision, une nouvelle esthétique, l’iPhone est en train de créer une nouvelle photographie par son intégration numérique.


Bien sûr la "photo" traditionnelle n'est pas (encore) morte et coexiste mais le processus est engagé et dans 30 ans nous regarderons les canon 5D MK II ( et les autres ) comme aujourd'hui on regarde les chambres photographiques de Daguerre et les cameras 35mm à manivelle : comment pouvait-on faire des photos ou des films avec "ça" ??


Depuis Daguerre on prenait des photographies aujourd'hui avec l'iPhone on capture l'instant. Et nous passons ainsi de la lumière à la création.




Nos images aveuglantes ne nous méprisaient pas.

dimanche 27 juin 2010

L’avant garde du passé



Le Studio Harcourt met en ligne ces prestigieux (dixit le www.monde.fr) portraits. Franchement les portraits Harcourt c’est le label Qualité France des films des années 50, la photographie percluse de tradition, l’avant garde du passé.


Le design de la vidéo proposant ces portraits est pathétique : tout empreinte d’un obséquieux esthétisme, qui se veut élitiste mais qui n’est que l’expression de stéréotypes du beau de la Bourgeoisie où rien ne bouge. Rien ne vit.


Ces portraits dégagent un incroyable immobilisme dans la composition, une extraordinaire nécrose de l’expression artistique, une fantastique sclérose de la création.

On peut gausser à satiété sur la qualité de la lumière, la mise en scène qui font la griffe des Studios Harcourt, de donner dans le «révéler à la lumière la quintessence de l’âme» ou «inventer l’invisible» (extraits du site d’Harcourt www.studio-harcourt.fr), les portraits Harcourt ne relèvent pas de la photographie mais de son absence.


Dans nos veines coulent nos rêves.

mardi 15 juin 2010

Mauvais temps sur l’Image


Apres le Festival de Cannes et Rolland Garros et avant le Tour de France, la Coupe du Monde de Football, c’est mauvais temps sur l’Image tous les jours.


Un mois de photo de visages en sueur. De bouches vociférantes. De mains levées. De figures peinturlurées. De bouches criantes. De houle de la foule. De la couleur. Du gros plan. De la double page. Du ralenti. Du portrait.


Il n’y a pas de "culture foot" (une de Télérama), ou de Foot attitude, la glorification de l'effort, la célébration des sports de masse, le culte de la personnalité ( Z.Zidane) sont les ingrédients de l’Image qui contrôle la pensée, asphyxie la volonté et l'apanage des Sociétés Totalitaires ou du moins Policières.


Le déluge d'images dirigées ne relève plus du ««Reichsministerium für Volksaufklärung und Propaganda» de J.Goebbels, mais c'est plus pernicieux : maintenant c’est cool de communier dans l’effort pour la Nation, et d’ailleurs nos «Bien Pensants» ne font pas la fine bouche, ne froncent pas les sourcils, ne se bouchent pas le nez devant cette Image au service du comportement, à cette occlusion de la pensée par l’Image oblitérante.

Pourtant, les mêmes sont bien prompt à faire de Leni Riefenstahl le parangon de la compromission de l’Image et de la Politique. Leni Riefenstahl, avait au moins (hélas) du talent par rapport à nos faiseurs d'image d’aujourd’hui.


A nos yeux fatigués nous léguerons nos souvenirs.

dimanche 6 juin 2010

Enter the color


Je ne suis pas attiré par les couleurs mais par leurs usages. Pourtant, ou à cause de cela, j’ai été voir «Enter the Void» de Gaspar Noé.

Des longueurs (beaucoup). Des faiblesses (beaucoup). Des facilités (beaucoup). Mais indubitablement une écriture de peintre narratif.


Ici le flou devient un élément constitutif de la narration. (Quel beau plan que celui où Linda apprend la mort de son frère). Un flou, mais pas seulement celui de la profondeur de champs, un flou total, maîtrisé, qui donne à voir.

Et la couleur, manège des regards, chemin de sensations. Pourquoi n'accepterions pas cette vision, cette déclinaison du Fauvisme dans le Cinéma ? Le réel devrait il être la réalité ?

Dans cet univers pictural, étonnement, la bande son m’a semblé toujours être présente, accompagnant le regard, sans l'interrompre, se faufilant entre les couleurs, le son coulant de séquence en séquence.


Film peinture, la post production représente les 2/3 des effectifs, d’une manière identique à «Avatar», les images captées ne sont que de la matière, le support pour peindre l’image. Dans «Enter the Void», la veille écriture cinématographique de la sémantique des valeurs des plans, du triptyque champs / contre champs / plan de coupe est brutalement effacée, mortellement blessée par la couleur et le flou.

Certainement, même à l’heure du numérique, cette écriture désuète aura une longue agonie, mais, on le voit, son renouvellement est déjà annoncé. Et sa fin est inéluctable. Elle périra.

lundi 31 mai 2010

La réalité sombre



La vision numérique ne concerne pas seulement la représentation binaire de la réalité mais la manière de rendre visible cette représentation. Le raw est véritablement numérique car la représentation de la réalité n'est que calcul.


Modifier ou changer la balance des blancs sur un film «non raw» est une forme analogique de modification, et quand bien même on utilise des formules mathématiques c'est une altération de la représentation, la réalité n'est pas refaite mais altérée. Transformation.


Pour un film au format raw on n'altère pas la représentation, on la recrée. On réinjecte les nouveaux paramètres sur les données brut du capteur, et on recrée une nouvelle représentation, non pas par une altération mais par un recommencement. Renaissance.


Le capteur voit la réalité que sous forme d'intensité lumineuse, une réalité monochrome, matinée de vert. La couleur y sera calculé via les informations d’un filtre Bayer par exemple, ainsi que la balance des blancs, le contraste, la saturation etc..

Le raw est donc un calculateur de réalité. Il capte une réalité objective privée de sens, les paramètres que l’on injecte pour le développement, pour rendre visible, crée la réalité subjective, celle qui fait sens, qui fait regard. La réalité n’est donc pas ce que le capteur enregistre, mais ce que l’on fait de ces informations.


Le raw n’est pas une chambre noire, mais une chambre grise renfermant une réalité sombre, un réel en attente d'existence.

vendredi 28 mai 2010

La dialectique du flou




Le flou est un élément fondamental de la composition filmique. Il dilue les formes, les couleurs, la lumière. Le mouvement alors, devient trace lumineuse et la lumière redevient onde. Le flou par son opposé, le net, met en valeur, met en lumière, met en forme. Et le regard se pose sur l'indistinct entre deux, cette déclinaison du flou en subtils enchevêtrements de netteté, cette dérive de la netteté en d’infinis fragments.Glissement progressif du net au flou en dégradés étranges, en zones effleurantes

Presque caresses, érotisme de la perception.

Par cette dialectique, l’image donne à voir une réalité qui s’efface, qui s’éclipse pour aborder l’Abstraction créatrice de sens, pourvoyeuse de sensations.