lundi 23 mars 2009

L'enfermement de la couleur


Lorsque l'on étalonne, l'oeil, l'esprit fait corps avec la couleur. Dans la juste obscurité, l'image que l'on étalonne devient le référant, un monde clos où l'oeil exerce sa subtilité a discerner les nuances, à suivre l'évolution d'un réglage, à proposer une variante. Le temps passant, il y a une sorte d'euphorie visuelle qui s'instaure, apportant une aisance d'appréciation, une rapidité d'action. Petit a petit la couleur enferme, un monde clos s'établit, une dérive colorimétrique s'installe, prend le pourvoir et l'oeil abdique son sens critique et créatif devant ce système qui s'auto justifie.
Ce n'est que lorsque il s'est libéré de cet enferment, généralement après plusieurs heures de vision d'univers et dse lumières différentes, voire le lendemain, que visualisant le rendu d'étalonnage je constate les errances, les défauts, les erreurs.

Je fais toujours mes étalonnages en deux passes bien que les clients sont peu à même à comprendre, à admettre la nécessité de ces 2 phases ! Certains étalonneurs au cours de leur travail fixe une zone blanche pour refaire leur balance de blanc interne, pour ma part cela ne suffit pas, il me faut temps et espaces autre pour sortir de l'enferment de la couleur.

mercredi 18 février 2009

Une mise en perceptive par la lumière


L'Etalonneur numérique et une sorte de peintre : il ajuste les couleurs, modèle l'ambiance, structure la lumière.
La lumière est comme la profondeur de champs elle établi des plans dans l'image, des points de fuite, des points de vue, l'étalonnage est une mise en  perceptive par la lumière.

C'est cela l'étalonnage, être à l'écoute de l'image.
C'est cela l'étalonnage, former un triptyque avec le Réalisateur et le Chef Op.
C'est cela l'étalonnage, peindre la lumière.
C'est cela l'étalonnage, une démarche artistique, un travail d'artiste, un métier d'Art.

Alors, dans la post prod refaire le contraste, poser les noirs ce n'est pas de l'étalonnage c'est du travail à la chaîne de post production. Je le fais sans déplaisir pour gagner ma vie, avec toujours un regard sur l'image, mais je laisse aux projets qui possèdent temps et argent, le soin d'assouvir mon désir de peinture.

samedi 7 février 2009

L'invisible travail


L'étalonnage peut être un travail, une démarche artistique, ingrate en fait. Ingrate par son invisibilité, du moins par sa non visibilité, sauf si l'oeil peut comparer l'avant, de l'après. Car l'étalonnage se fait dans le subtil, la perception. Il recrée l'harmonie et finalise l'esthétisme de l'image.  Alors l'oeil voit ce que qu'il doit voir : le sens donné à l'image.

Evidement parfois, souvent, l'étalonnage se voit pleinement, trop, par une dominante de couleurs voulue, un délavé, une désaturation particulière. Alors comme un visage surmaquillé, l'esthétisme se soustrait à sa représentation, on voit mais ne regarde plus l'image.

PS : J'aimerais bien à répondre à "l'Anonyme" qui a laissé un commentaire sur ce post au sujet de l'étalonnage dans un contexte de vidéos institutionnelles. Cette personne peut trouver mon adresse mail dans la rubrique "Vous avez dit Vidéaste" en bas à droite de  cette page où dans la rubrique contact de mon site  www.videopaper.net

vendredi 16 janvier 2009

L'apnée de la couleur


Les séances d'étalonnage, démarrent toujours par une sorte de  rituel autour de la lumière. Fermer les volets.  Fermer les portes. Fermer l'halogène. Moduler le variateur de la lampe près de moi. Obscurité sereine, avec juste la lumière diffuse des néons blanc lumière du jour derrière les écrans. Il y a une sorte de détachement du monde,  une sorte d'ascèse monacale (le gris du mur en face de moi est un rappel parfait de l'austérité Cistercienne ! :-)) ).
Le silence se fait. En fait les deux silence se font. L'un  est le silence du son, l'autre le silence de la couleur, celle de l'au-dehors.  Ce monde extérieur qui disparaît, s'efface,  s'oublie. Et c'est dans ce double silence, dans cette intériorité que démarre l'étalonnage, une descente en apnée dans la couleur.  Et l'on reviendra à la surface des couleurs du monde pour respirer un instant, pour mieux replonger. 
L'obscurité de la salle d'étalonnage me rappelle celle du labo photo, en fait ces deux endroits sont des endroits de créativité, de naissance de l'image.

mardi 30 décembre 2008

Le bonheur de la nuit


Premier essais du Canon 5D MKII. Une seule déception, mais de taille (!) le mode vidéo est inutilisable dans le sens qu'il ne peut être utilisé qu'en mode "auto",  ce qui donne grande ouverture et profondeur de champs la nuit, et petit ouverture sans possibilité de profondeur de champs le jour... On comprend mieux pourquoi  le film marketing de Canon "Rêverie"  (vantant le mode vidéo du 5D MKII à grand renfort d'arrières plans flous) se passe la nuit, le jour le Réalisateur Vincent Laforêt aurait eu du mal à créer de la profondeur de champs à F 11 voir F 22... Dommage, attendons une  éventuelle mise à jour du firmware apportant (si c'est possible) un mode manuel en vidéo pour abandonner le "Mini 35" qui reste pour l'instant la solution incontournable pour les caméras de poing.

Par contre, quel merveilleux appareil en photos nocturnes !
Renouer avec le plaisir des dérives photographiques sombres et urbaines, retrouver la joie des lumières néon,  des lumières sales, des lumières noctambules. 
Le 1600 ISO  est parfait même si son grain n'est pas aussi joli que celui de l'argentique (mais peut être est ce une question de culture, la génération qui grandit actuellement n'aura plus ce référent..) et le 3200 ISO est tout a fait passable, en fonction des caractéristiques de l'éclairage.  La qualité des vidéos tournées de nuit est époustouflante, pas de bruit, pas de noirs  floconneux, mais un beau noir dense, propre, qui donne envie. Et dans la plupart des conditions un rendu colorimétrique élogieux. Franchement quand on regarde le rendu des vidéos de nuit on se demande pourquoi Canon n'a pas équipé son Canon 5D MKII d'un mode manuel, peut être est ce pour ne pas faire de l'ombre à sa propre gamme de camescope HD  XH et XL ? :-)

Mais à toute chose malheur est bon ! En combinant la qualité des prises de vue nocturnes et les belles formes abstraites des flous de mon 35mm / F 1,4  je vais rendre hommage en vidéo aux "Lichtspiel" de Walter Ruttman  en réalisant "Paris, Nuit Floue"... A suivre ici même,  bientôt !!!!

lundi 22 décembre 2008

Les deux extrémités de l'image


Villeneuve St George. 18 et 19 décembre. Tournage sur 2 jours d'une vidéo pour la com du Fret SNCF. Je fais le making of et l'étalonnage. Je regarde. Je regarde le regard du Chef Op / Cadreur et du Réalisateur. Je suis à l'extérieur de l'image. Voyeur hors cadre. Sorte de vigie. J'observe. J'enregistre la lumière de la scène, du moins comment cette lumière est modelée, captée, capturée par le Chef Op.
Là bas. De L'autre côté du flux de production, quand j'étalonnerais dans la presque obscurité bienveillante de la salle  d'étalonnage, où le gris est compagnon du regard, je m'appuierais sur mes notes visuelles, pour ancrer les noirs, ajuster les blancs, modeler le gamma et après avoir terminé l'étalonnage de premier niveau (Contraste/Gamma/Saturation/ Couleur) créer le  FX donnant une dominante vert/bleu, aux scènes selon le souhait du Réalisateur. Vivre les deux extrémités de l’image : captation ; enluminure. Les étalonneurs/étalonneuses devraient ils/elles être présent(e)s sur le tournage des films (du moins certains) ? Cela aurait du sens.


dimanche 14 décembre 2008

L'Etrangeté du gris


Par ces temps d'hiver aux ciels désespérément gris, ces ciels bas, immobiles, inertes, on pourrait prendre en grippe le gris, et pour la tristesse que les villes en hiver nous inspirent, par leur absence de couleurs, de modelés, d'ombres, de subtilités le vouer aux gémonies. Et bien non ! Le gris est beau, le gris est important, le gris est reflet, le gris est subtil. Ayant installé une tenture grise (tissus acheté chez Reine au Marché St Pierre donc pas complètement gris neutre à 18%, mais presque !) derrière mes écrans (en remplacement d'un papier peint blanc vieillissant),  je vois, perçois ce que je gagne en confort de vision, en repos du regard, en modelé des couleurs. Cet étrange gris si désespérant en hiver, devient pour l'étalonnage la clé des subtilités des tons intermédiaires, la clé de voûte du balancement des gammas.