dimanche 23 décembre 2012

Le cinéma de Raymond

















Il y a 2 ou 3 ans voulant filmer New York, j'avais voulu visionner le "New York" de Raymond Depardon. Ne le trouvant pas d'une manière unitaire, j'avais du acheter le pack complet "Depardon Cinéaste" chez Arte Video...... Quelle déception au visionnage de  ce film : 9 mins  / 3 plans / Départ de Manhattan en  fin de journée  par le Roosevelt Island Tramway / Interminable plan fixe de gens  dans la rue/  Retour Manhattan par le Roosevelt Island Tramway de nuit. Et la voix off  de Depardon qui nous apprend qu’il n’est pas arrivé à filmer cette ville. et qu’il n'a  conservé  que ces plans...Ces 3 plans qui pour les critiques intello-cinephiles étaient sublimes, of course.

J’ai pris en grippe ce coffret et ne l'ai plus consulté,  jusqu'à dernièrement à la suite de «Lettres d’amour en Somalie" de F Mitterrand,  j’ai regardé « Empty quarter / Une femme en Afrique «  de Raymond Depardon, ce film me semblait en résonance avec celui de F Mitterrand. Divine surprise, le visionnage de ces images  fut une révélation. Si Je n’aimais pas  le cinéma de Depardon, (trop de flagorneries culturo-intellectuelles, trop d'encensement aveugle, trop de maniérisme), le cinéma de Raymond est beau et attirant.

Pourquoi filmer en Afrique ? pour l'ombre assurément, le lacis des pénombres...
Le cinema de Raymond n’est pas celui de la narration, il est celui de la lumière. La lumière est au service de la narration. La narration est la ponctuation de la lumière, des pénombres, des interstices lumineux, des glissements d’obscurité. Ses films ne sont pas à regarder, mais a ressentir, à percevoir. A regarder avec l'âme.


Elle. Elle s’appuie sur la jeep. Ensablée. Elle. Elle est verticale. La jeep est penché vers l'avant. Tout est immobile. La composition est celle d'une photographie. D'un tableau. Seule la robe bouge au vent. Doucement. Et ce mouvement est celui du sens.

dimanche 11 novembre 2012

Lettres d'amour en cinéma















Revu avec délice "Lettre d'amour en Somalie" de Frederic Mitterrand. Plusieurs délices se mélangeant.
Celui du 16mm, sa restitution de la dynamique de la scène, sa matière colorée et dense, ses écarts de balance des blancs. 

Celui de la beauté de l'écriture, si émouvante et pourtant sans pathos. 


Celui de la voix de F. Mitterrand nasale et lente, voix maîtrisée mais où parfois l'émotion du réel effleure la narration, échos subtils du souvenir. 


Celui de l'entrelacs de deux malheurs celui d'un pays et  celui d'un amour perdu. 


Celui d'un cinéma pur, qui loin des mouvements de camera alambiqués (tyrannie  actuelle du slider, de la grue  et du drone)  se construit avec de large aplats de plans fixes, à la parfaite composition, où nul ennui survient, car les mots et l'image, se donnent, s'offrent au regard, à la pensée. Car le plan fixe est à la prise de vue ce que le cut est au montage, la pureté extreme de l'expression, la forme du juste regard.


Celui de la voix off, une scansion continue et changeante, enveloppante  de présence, cette présence qui fait de nous ce pays, qui fait de nous cette douleur. 


Celui du mélange d'écritures, celle des mots et celle des images, tissages des sensations, intrication des sentiments.


"Lettres d'amour en Somalie",   comme une leçon de cinéma  épuré des scories de la marchandise et si une douleur d'amour peut donner cette beauté, alors elle vaut d'être vécue.

dimanche 2 septembre 2012

Route One / France























J'ai revu " Route One / USA" de Robert Kramer. Réactiver mon regard. Revenir aux sources. Se ressourcer. Un peu de désespérance aussi à voir qu’en 22 ans, l'Amérique ( le monde ?) n'a pas réellement changé : misère, ségrégation sociale, WASP dominateurs, conservateurs fanatiques, travail aliénant.... Mais ce qui est poignant c'est les rencontres de ces pépites Humaines qui, dans la fange du Monde Capitaliste, font briller la solidarité, l'espoir, l'entraide, le partage, et si le monde ne changera pas, du moins elles auront ouvert des brèches de bonheur, apporté des brisures de lumière.


Beauté des plans et beauté de l'image. Filmé avec une Aaton super 16  (et gonflė en  35 MM),  l'argentique nous offre sa grande dynamique, et surtout et surtout sa matière. Cette espèce de densité de lumière, ce coulis  de couleurs, cette viscosité de la réalité, qui rassasie le regard. Image organique,  minérale, vivante, porteuse d'émotion. L'image numérique reste, à mes yeux,  moins goûteuse, plus rêche, plus sèche.


En comparaison le film " La pluie et le beau  temps» d’Ariane Doublet (film qui fait partie de sa belle  «Suite Normande «) tourné en XDCAM je suppose, offre une image vide, voire distante alors que l'on filme des gens, leur histoire. Au delà de l'absence de profondeur de champs et de la faible dynamique,  cette image vidéo semble plate, frêle, fragile ;  on ne la croit pas capable d'étayer le propos, de soutenir  l'histoire. Comme une absence elle se greffe sur le regard. Le média et l'image sont intimement liés,  leur union est la matière du regard.


Par curiosité et intérêt j'ai regardé, analysé «Route One / Usa»  sous Résolve 9 ( bien que sachant que  j’étais loin, très loin des originaux...). 
Mon premier étonnement  est qu’aucune balance des blancs est juste. Ce n'est pas des gros écarts,  juste une petit dominante, mais face à la précision chirurgicale que l'on peut avoir en étalonnage numérique, cela surprend....et quand je la rétablis et bien 8 fois sur 10 le décalage était plus plaisant ! Comme quoi l'imprécision est porteuse d'esthétisme...

Autres étonnement, l’image très peu saturée et pourtant les couleurs ont une belle présence. Jamais de noirs écrasés, jamais de blancs clippės ( le wavefom du 5D souvent me désole, car la  moindre d'erreur donne des noirs écrasés), et puis des niveaux jamais élevé toujours autour de 70%  (est ce le processus de masterisation ? ) et pourtant l'image n'est pas sombre et contrastėe juste ce qu'il faut....
Du mal à revenir au 5D....peut être que la BMD ou la C100 (à défaut d'Alexa !!!! ) me soulagera de ce spleen argentique ?


Avec l'ami Raymond (Depardon) un parcours en France, se solde par des belles photos léchées, faites à la chambre grand format. Un rien figé, un rien maniérė,  la Touche Culturelle Française je suppose, cette espèce de suffisance Française qui voit le monde au travers d’un désir esthétique prétentieux et donneur de leçon... Contraste avec «Route One», vision dynamique d'une société, analyse en mouvement, sans pédantisme. Montrer. Juste montrer. Bâtir la réalité à partir du regard et non de son interprétation. Donner à voir l'illusion du monde, et non donner l'illusion de voir le monde. Peut être  aussi que si il y avait 5000 km entre le nord et le sud de la France, nous aurions des Kramer plutôt que des Depardon. À nous de tracer cette route d'images.

jeudi 9 août 2012

Simple is beautiful





Le blog de de Frédéric Kroutchev «Planet Photo» est une véritable mine pour voir le travail de centaines de Photographes... Au hasard de la découverte j'en choisis un, puis un autre, et puisque encore un autre, comme une dégustation de grand crus, on goute, et parfois le palais s’émerveille et les saveurs restent...C'est ainsi que j'ai découvert Nick Brandt un photographe animalier qui photographie en noir et blanc au Pentax 67 avec deux focales fixes. Ce dénuement technologique, cet engagement pour être au contact, donnent  des photographies d'animaux émouvantes, touchantes qui tiennent plus du portrait humain que de la photographie animalière. Troublant.

Autre découverte Vivian Maier qui durant les années 50 faisait du «street  photography" avec  son Rolleiflex bi objectifs. Inconnue jusqu'à sa découverte récente et par hasard (achat lors d'une vente aux enchères, pour une bouchée de pain, de plusieurs millier de négatifs) de son travail  au regard si humain ; on la devine légère dans les rues, presque transparente. (L’usage même du Rolleiflex  fait que ses portraits sont en légère contre plongée, renforçant, sans excès, la dramaturgie de la prise de vue.)

Simple is beautiful pourrait le point commun à ces 2 photographes. Loin du Leica M 9, du Fuji X Pro 1, du Sony Nex 7, estampillés appareils à « street photography», Vivian Maier shootait avec son gros Rolleiflex bi objectif. Et Nick Brandt, loin des téléobjectifs sophistiqués de 600  ou 800mm stabilisés, des boitiers 24x36 avec des modes rafale à 12 images/s, fait des portraits animaliers avec un 6x7 et des petits télés.

Dans un autre ordre d'idée un archer Coréen,  Im Dong-Hyun, quasiment aveugle ( 1/10 à l’oeil gauche et 2/10 à l’oeil droit ) arrive à un niveau international bien qu'il voit la cible comme un tableau impressionniste, des masses de couleur aux contours flous qui s’entremêlent,  comme si la visée ne dépendait pas du regard, mais d'une  perception intérieur du centre.
Du juste.

Le regard photographique c'est peut être cela, voir avec son âme, percevoir avec son désir. Alors, l'outil photographique peut être simple.

Le blog de Frédéric Kroutchev
http://theworldofphotographers.wordpress.com

dimanche 15 juillet 2012

CAMEFLEX MKIII
























Choix cornélien  pour remplacer mon Canon 5D MKII... La Digital Cinema Camera de Black Magic Design est tentante avec son Raw / Pro Ress 422, sa dynamique de 13 diaph,  son packaging avec Résolve et Ultrascope, son prix....mais je suis trop dans l'esthétisme du full frame en terme de profondeur de champ pour accepter un capteur S16. Et puis comme son nom l'indique cela doit être une camera de cinéma, c’est à dire qu’elle doit être à l’aise qu’avec un paquet de lumière (elle doit plafonner a 400 ISO en terme de qualité  de gestion du bruit), donc pas trop faite pour du documentaire (sa construction aussi ne semble pas la destiner à des environnements et /ou situations trop exposées..)
La Sony FS 700 ... capteur S35, dynamique de 12 diaph mais je suis trop dans le rendu Canon pour changer et en plus est elle moche.Vraiment moche.
Bien sûr la C300 serait (presque) l'optima capteur S35, gestion des hautes sensibilités, 422, capture logarithmique, 50 mbps, sa pris en main agréable mais son prix de 15.000 E la rend inaccessible, d'autant plus qu’au vu de ses caractéristiques et de sa construction elle est bien trop cher, son juste prix  serait plutôt de l’ordre de 7000E (prix de la FS 700)  Mais bon entre la gamme C, le haut de gamme EOS, le moyen gamme EOS  il faut bien que les marketeurs segmentent....ils ont joués le positionnement cinéma, il aurait pu jouer le positionnement "Indy" avec une C300 à 7000E, Canon  en aurait vendu comme des petits pains....
Le canon 5D MKIII est une sorte de 5D MKII tel qu'il aurait du  être, avec une électronique   actualisée...C'est cher payé pour cette "mise a jour", mais bon sa robustesse, son capteur Full Frame,  ses qualités de gestion en basses lumières, sa compacité, en font quand même un incontournable...en attendant une C200 ouune Aaton D-Minima..
La sortie du 40 mm «Pancake» a basculé la donne pour moi. Sa légèreté, sa compacité (quel contraste avec mon 35 / 1.4 ! ) font que l’on a plus que le poids du boitier à porter. Etrange sensation. Cet objectif sur mon Canon 5D MKII  ( et certainement mon  MKIII...), avec ma petite poignée Sony, le viseur Zacuto, me fait une config de cinéma ultra légère, une sorte de Cameflex du XXI eme siècle, avec juste ce qu’il faut de technique numérique, pour  me laissé porter par la poésie de la sensation, l’émotion de la perception. Et créer des images fait d'un mariage entre la sensibilité d'un Bernard Plossu, le cut-up de William Burroughs, et la prose instantanée d'un Jack Kerouac.

mercredi 6 juin 2012

François, Raymond et les hautes lumières

























Etrange portrait que celui de F.Hollande tiré par R.Depardon. Sans parler de la posture figée, du président, c'est le rapport disgracieux entre les basses lumières du premier plan et les hautes lumières de l'arrière plan qui dérange. A l'arrière plan  surexposé la perte de détails se fait déjà sentir, comme si il s'effaçait devant le premier plan, celui d'un Président omnipotent, qui par sa seule présence constituerait  la photographie.
Cette photo doublement laide est appréciée des intellos, car du Depardon c'est obligatoirement beau, c'est évident. Pourtant le roi de la lumière naturelle en plus d'un réflecteur (pratique naturelle) a utilisé un bon gros HMI avec diffuseur pour sortir de l'ombre le Président  et tenter d'équilibrer les basses et les hautes lumières.
 A cette triste photographie, s'ajoute une autre tristesse, pour les journaleux leur critique s'exprime en soulignant l'aspect "instagram" de la photographie, comme quoi à l'heure d 'Internet  et de la diffusion tout azimut de la culture, les référents de la photographie semble avoir régressés. Et nous voila donc pour 5 ans contraint de regarder cette photographie à la laide normalité.

jeudi 31 mai 2012

Cinéma instantané




















Dans son film "Sur la route", Walter Salles nous livre une adaptation ennuyeuse, scolaire, hollywoodienne du livre de Jack Kerouac. Comment peut on filmer l'intimité avec 200 personnes ? ( comme d'habitude j'ai regardé jusqu'à la fin le générique, ma manière à moi d'exprimer mon respect pour les sans grades qui font un film). Quelques (beaux) plans abstraits de routes, de paysages défilants, mais utilisés comme plan de coupe. Pourquoi ne pas avoir transposer en écriture cinématographique celle de Kerouac, sa prose instantanée ?  Difficile avec autant de monde de faire de la création, de se sentir près du texte, près des acteurs, près des paysages. Près de l’écriture.
On a le droit  à un découpage laborieux, un film lent, long. Sans idées. Kerouac a écrit le manuscrit de " Sur la route" sur un rouleau de 35 m de feuilles mises a bout, ne pourrait on pas imaginer un délirant plan séquence qui durerait tout le long du film, qui serait l'image de ce rouleau/route, structurée de scènes  en prose d'image instantanée tout en abstraction de sens, en dérive d'émotions, en instantanée de sentiments ?
Evidement on se heurterait au mur de l'intelligibilité standard, mais au lieu de comprendre sans émotion, ne vaut il pas mieux être ému sans compréhension ? Aller plus profond dans le cerveau, dépasser la compréhension par la logique pour la compréhension par le sens, l'émotion générée.
Peut être que pour adapter «Sur la route», il faut suivre les 30 principes de la prose moderne édictés par Kerouac. Car Walter Salles nous  montre qu'un film est  une écriture et non  une suite de plans plus ou moins bien joués, plus ou bien bien filmés, plus ou moins bien montés. Sur la route du cinéma poétique, l'horizon est encore loin.