vendredi 6 décembre 2013

La saturation du réel





















France Culture a été atteint ce matin du "Syndrome de BMFTV", cette saturation du réel,  où tout l'espace doit être consacré à une seule information, à la réaction temps réel seul garante de la véracité aux yeux du système journalistique.

Il fallait entendre ce matin le PDG de France Culture Olivier Poivre d'Arvor bicher sur son coup médiatique :  le chamboulement intégral de l'antenne pour la mort de Mandela… Le journalisme étant ce qu'il est, on peut raisonnablement imaginer que loin d'être improvisé sur l'instant, cette journée avait été plus ou moins préparée de long date dans l'attente de l'événement.

Il est dommage que France Culture se fourvoye dans la Société du Spectacle, au sens que Guy Ernest Debord donnait  à ses mots, à savoir une relation de rôles dans une vie frelatée par la marchandise. La saturation du réel n'est que la transformation instantanée en marchandise de la sidération du réel, qui nous touche, nous émeut.

Nul doute que Marc Voinchet, bateleur de l'information, après avoir terminé sa période "des matins" pourra  se recycler sur BMFM TV.

mardi 3 décembre 2013

Cris et chuchotements de la lumière














Dans le film d’Ingmar Bergman, la caméra donne l'impression de faire corps avec l'image, qu'elle n'est pas dissociée du regard... L'image a une matérialité étonnante, troublante... Peut être aussi est ce du à la composition pure des cadres ? 

Comment, pourquoi presque tous les cadrages sont ils beaux ? Parce que chez Sven Nykvist, le chef opérateur de Ingmar Bergman, ce ne sont pas des images mais des visions qui sont captées. Pourquoi dans tant de films les cadrages n'apportent rien ?  Parce que l'image est morte, elle n'est que l'urne qui contient la narration. Ingmar Bergman, ne raconte pas des histoires, il exprime des sensations, des ressentis, chaque plan est donc une vision. Un tableau. Que l'émotion peint. Chaque plan fait sens. Chaque plan est sens. Chaque plan est une écriture. Un poème.

Ingmar Bergman capte les cris et les chuchotements de l’âme  humaine et celle de la lumière aussi. Sorte de symbiose entre la lumière et le sens. Et quand Ingmar Bergman filme la violence, c’est l'image de la violence et non la violence de l’image qu'il nous donne à voir. A percevoir. Quand Karin porte à sa bouche le sang de son sexe qu’elle a tranché, c’est son regard vers son mari qui est d'une extreme violence, et non sa blessure à peine entrevue. Peut être que lorsque la violence est montrée, ou l’acte sexuel, le réalisateur n'a rien à proposer d’autre que l'image. Il montre. Il ne dit rien. Il n’a rien a dire. 


Ingmar Bergman et Sven Nykvist filment l'âme, c’est cela qui nous troublent. Nous voir de l'intérieur.

samedi 5 octobre 2013

La guerre plate











Sur tumblr.com je me suis abonné à un blog sur la guerre du Vietnam, car les photographies qui l’illustrent, loin du N&B et du regard des photo-reporters qui ont couverts cette guerre, sont prises par des soldats, généralement des photographies en couleurs, aux couleurs passées,  aux couleurs délavées. 

Ce ne sont pas des photographies de combats, mais de la vie quotidienne dans les bases, un moment de repos durant une marche... Ce sont des photographies plates, pas de grain, pas de belles lumière, pas de beaux cadrages, pas de situations exceptionnelles, rien des icônes photographiques qui ont fait la une de Life, de Newsweek, ou de Paris Match,  des photographies d'album de famille, de celles que l'on oublie au fond d’un tiroir et que l'on redécouvre lors d'un déménagement.

Le regard photographique transcende, transforme la réalité. Il  fait de la réalité une émotion, un concept. La réalité devient abstraite. A l'opposé  de cela, ces photographies plates, donnent à voir l'ordinaire, le tout venant, ce qu’un homme voit. Se souviendra.

Certainement que ces photographies plates si elle avaient été publiées, elles n’auraient pas  ou peu contribuées à la prise de conscience par les Américain(e)s de l'inutilité  cette guerre, comme celles de Don Mccullin ont pu le faire, mais elles sont le témoin d'une réalité  simple, individuelle, ordinaire, dont la trace devrait être  conservée et montrée comme part de la vérité humaine.

http://vietnamwarera.com

http://videopaper.tumblr.com/archive

samedi 21 septembre 2013

De la poche à l’épaule






















La Black Magic Pocket a rejoint ma poche depuis une semaine...Premiers rushes, premiers bonheurs.... La dynamique est toujours aussi époustouflante, certes l'image est moins piquée que sur la BM 2,5K,  mais bon avec un capteur S16 on ne peut pas tout demander ! Un petit regret j'ai investis  dans un 12 mm 2.8 Zuiko, j'aurais du acheter un 12/35 Panasonic stabilisé, à main levée l'ensemble est trop léger (un comble !!! ) pour une stabilité parfaite...

Avec la Pocket, je peux enfin saisir le réel au quotidien, et pouvoir utiliser ces rushes dans des projets plus importants. Aaton l’a fait (Aaton A minima) dans l'analogique, Black Magic l'a fait dans  le numérique... on es triste, mais on l'utilisera car c'est l'outil qu'il nous faut.

De la poche à l'épaule....Arri vient de sortir l'Amira, une vrai épaulière avec excuser du peu, un capteur super 35, qui fait du Pro Ress HD et 2,5K (pas de raw n’en déplaise aux aficionados de ce workflow)... Une vraie caméra de documentaire... Aaton l'a rêvé, l'Arri l'a fait...on est un peu triste, mais on l'utilisera car elle comble un manque. 

Avec ces deux cameras, chacune dans leur  domaine, capturer les images du quotidien devient un geste simple, naturel. Un beau geste.

samedi 31 août 2013

De la séparation au cinéma






















La différence entre  les équipes pharaoniques du cinéma commercial et le mono cinéma comme celui de R.Depardon ( et les variantes des films aux équipes réduites), n'est pas seulement une question de regard, mais aussi une question "politique" liée à la division du travail, elle même conséquence d'une production capitalistique de l'image.

La vision unitaire de la création est fragmentée entre celle du producteur, du réalisateur, du chef op, du monteur, de l'étalonneur. L'image spectaculaire résultante de cette séparation  entre l'image et  sa création est la source première de l'aliénation du film au mode de production capitaliste. C'est une image du capital, pas une image de vision, une image de la création par le travail loin du travail de création. C'est une image externe à l'esprit, dissociėe du soi ( et donc en ce sens, spectaculaire), une image étrangère a celui qui l'a produit, car en exil de lui même. Une image, image de la marchandise, aux confins du désir.

Les outils actuels (Black Magic  Camera / FCP X / Resolve ) nous donnent les possibilités, les moyens, comme jamais, de supprimer (ou du moins limiter) cette séparation, de désaliéner nos créations et, hier comme aujourd'hui, de construire nos propres situations,  de créer nos  propres images.

dimanche 11 août 2013

Place du terne







La Place de la République était une place que j'aimais bien. Elle a été rénové, ce qui donne une place reconvertie en espace piéton (on a échappé au centre commercial, panacée des élus pour dynamiser un espace)  avec un revêtement en dalles grises, les inévitables jets d'eau, les inévitables enfants jouant dans les jets d'eau, les inévitables parents qui photographient les enfants jouant dans les jets d'eau....

Tout est lisse, sans d'aspérité aucune, une architecture hygiéniste, une esthétique aseptisée, une vision stalinienne revue par les Bobos... Dans les 2 cafés qui ont une concession, car ayant répondu au cahier des charges de la Mairie ( la convivialité n'est pas naturelle, il faut la structurer c'est bien connu), l'ambiance ressemble à s'y  méprendre aux cafés des cinémas MK2 à Paris. Une sorte de rien, de vide avec des serveurs et serveuses absentes.  Ici on consomme des boissons, plus loin on consomme des images, et là bas de la convivialité... La place de la République est devenue place du terne, place du triste, place du vide. Je l'éviterais dorénavant.

jeudi 8 août 2013

La réalité m'indiffère













En errant dans Thumblr, découverte de Lee Hengki...très beau travail mélangeant flou et N&B. Cette combinaison n'annihile pas la réalité, elle remplace la perception de formes par celle du ressenti. Représenter des formes c'est représenter la réalité vulgaire, l'abstraction c'est la réalité subtile, celle du sens. De l'émotion.

Si la peinture à depuis longtemps conquis l'abstraction, le film comme média est encore dans les temps obscurs de la réalité primaire. A nous, par nos expérimentations, nos erreurs, nos ambitions de mener le film à l'abstraction pour accéder enfin, à la réalité de nos sens.

Le site de Lee Hengki : http://hengkilee.1x.com/