vendredi 1 juillet 2011

Faire corps avec la réalité


Besoin de faire corps avec la caméra. Faire corps avec la caméra, avec la réalité que l'on capture, enregistre. Le Canon 5D avec tout son attirail pour en faire une caméra en général et une épaulière en particulier est loin de ce désir. Avec ces dispositifs plus ou moins sophistiqués ou hors de prix (Zacuto ayant la palme des prix astronomiques pour de la quincaillerie en l'aluminium anodisé), au mieux diminue cette impression, au pire l'accentue.

En aucun cas on fait corps. Il y a cette distance entre le corps et la caméra qui se reflète dans la difficulté d'être proche de ce que l'on filme. Nous sommes dans le lointain. La distance. Une absence d'engagement. Une superficialité. Nous sommes en surface du réel. On capte la réalité sans la partager. Sans l'appréhender. Nous sommes spectateur de ce que nous filmons.

Je rêve d'une camera d'épaule légère, une sorte de super 16 mm numérique. La A-cam dII de Ikonoskop semble se rapprocher de désir, mais sa sortie est toujours annoncée sans réellement s'effectuer. Et puis son format RAW DNG semble avoir été choisi plus par une contrainte industrielle (très peu d'électronique embarquée ) que par une réelle conviction : faire un workflow aussi léger que la caméra. Pour moi la capture logarithmique serait la solution la plus efficiente en terme de workflow (pas de debayerisation dynamique) et de qualité (gestion des basses lumières)

Il y a bien les cameras vidéo broadcast 2/3" (donc plus petit que le S 16mm) mais elles restent lourdes, trop électroniques, peu maniables. Une solution pourrait être le magasin numérique de P+S Technick pour les Ariflex 16 mm SR III, mais il a un capteur 2/3. Non. Il faudrait une Aaton A minima numérique, une D Minima, pour retrouver cette sensation de faire corps un avec ce que l'on filme. De retrouver cette osmose avec l'outil, d'être unis avec elle. La caméra.

samedi 18 juin 2011

Nouvelle photographie : l’heuristique subversive du beau


La nouvelle photographie est celle née de l'usage des mobiles en général et de l'iPhone en très particulier.

C'est un nouvel art fécondé par la fusion de l'appareil photographique, de l'ordinateur, des réseaux, et de l'ergonomie tactile. Post en forme de petite épistémologie de la nouvelle photographie.


Pour parler de cette nouvelle photographie, le néologisme qui a court sur internet est «iPhoneographie» mais peut être faudrait il mieux appelé cette nouvelle photographie "softgraphie " (écrire avec le logiciel) tant que cette photographie est basée sur le logiciel. Les objectifs sont logiciels (tilt shift, multi exposition), la mise au point est logiciel, l'exposition se fait au doigt ( avec quelle facilite, quelle créativité, quelle précision, ça ramène mon spotmétre au rang d'outil paléolithique !) le flou se construit du bout des doigts, l'image est somptueuse, sous nos yeux, sous nos doigts. Il y a de la peinture dans cette photographie.


Avec l'iPhone les outils ont changés de forme, de statut, les outils sont des applications, les Photoshop express et autre Photoforge et Photogene sont les dignes représentant de l'ancien monde, quand bien même elles restent utiles dans cette phase de transition, dans ce balbutiement des nouvelles origines. Elles existent mais sont déjà obsolète. Antiques. Mais il est juste de dire que le tactile permet d'être au coeur de l'image pour la retoucher et permet donc un ressenti de la modification, avec ces applications, sans commune mesure avec une souris ou une tablette wacom.


Le tactile, c'est le toucher. La caresse. Cela ne peut qu'influencer ce qui est issu du tactile. Le numérique prend de la consistance, il quitte son état virtuel pour devenir matière. Existence.


Les nouvelles applications sont des artware, elles génèrent des looks, avec un vaste champs fonctionnel du simple au complexe mais loin de faire gadget, elles font la part belle à la combinaison, au hasard, à l’incertitude. Elles sont pourvoyeuses d'idées, d'événements. De part leurs heuristiques hasardeuses, ces applications permettent d'interagir entre la réalité captée et la vision espérée, matérialisant le désir, ce sont des machines à sentiments. Des pourvoyeurs d'étranges beautés. On passe de la retouche de la réalité à la création de sensations de ressentis. D'émotions.


La photographie se fait exploratrice, expérimentale. Des applications déstructurent l'image ( Decime8) , le noir et blanc revient en majesté, les couleurs se perdent dans la combinatoire des traitements croises... l'image nait de la réalité mais comme un enfant, qui est à la fois héritier des lignées de ses parents et destinée unique, la nouvelle photographie hérite de la réalité mais elle en fait une vision a part entière. Dès maintenant le réel n'existe que pour, que par, sa représentation abstraite.



L'iPhone est un instrument de l'instant comme en son temps le Leica. Avec ce dernier le réel était l'esthétisme, avec l'iPhone c'est l'esthétisme qui devient réel. ( même si je reste un amoureux transit du flou des Summicron). Avec le Leica je captais le réel, avec l'iPhone je le transforme. Je génère ma propre réalité. Car le réel est multiple, malléable, hétérogène. On peut imaginer qu'avec le Cloud, des nouvelles formes des créations vont émergés. Sans parler des autre applications qui transforment l'iPhone en posemètre, charte de gris ; un autre post leurs seront consacres.


Nouvelle manière de photographier aussi au delà de la captation plus ou moins classique, (l'Appstore fourmille d'appareil photos en tout genre, ce fourmillement n'est pas sans rappeler celui des années 1920/1930 il y avait pléthore de fabricants d'appareils photos.) des nouvelles manières de capter la réalité émergent, forge un regard autre, comme «Joiner» ou "Timetrack" qui scanne la réalité, comme un pinceau du regard.


Au niveau des camera film le même souffle est présent mais bridée encore par le manque de puissance. En retrait quand même, il est symptomatique que dans les catégories de l'appstore celle estampillé''photographie '' regroupe les appareil photos et les cameras.


Nul doute que l'avenir de l'image infinie est dans le croisement de l'IOS, du tactile et d’un boitier avec capteur APS C et objectifs interchangeables. Le constructeur d'appareil photo qui aura la licence IOS sera le nouveau leader de la nouvelle photographie.


Ainsi donc, le beau se déplace de la perception à la création. Le réel se meurt sans souvenir. La vision se fait sensation. Avec l'iPhone l'abstrait est la nouvelle réalité.

samedi 4 juin 2011

En photographie



C'est quoi le regard photographique ? C'est déjà le regard. La manière d'aller à la rencontre des gens. La photographie est parole. La rencontre. Les gens. L'échange. L'acte photographie est alors une ponctuation dans ce dialogue. Il ne s'impose pas, il d’écoule de la rencontre. Des gens. De l'échange. La photographie ou le documentaire. Les images. Mise en regard. Mise au point. L'image est phrase. Je te parle. Je te photographie. Aller vers l'autre. Se déplacer dans l'immobilité d'un regard. Rendre capteur et non voyeur. Montrer ce que le sentiment voit. La caméra enregistre. 24 regards par seconde. Une âme. Il n'y a pas d'instant juste, seulement des instants qui nourrissent. Des fugacités persistantes. Le déclenchement ne conclut pas. Il prolonge le regard. La rencontre.

samedi 14 mai 2011

L'oeil danse aux (loga)rithmes de la lumière



La deuxième révolution sur le Canon 5D apres le mode manuel, est la capture logarithmique. Technicolor ( ex Thomson) vient de signer un partenariat avec Canon pour développer des outils permettant à la gammes EOS de s’intégrer plus facilement dans des workflows de film et de télévision. Un premier produit issu de ce partenariat est un Picture Style (Appelé Cine Style) qui permet de capturer d'une manière logarithmique sur un Canon 5D MK II (et sur toute la gamme EOS).


Avec la capture logarithmique, le capteur ( et son électronique de traitement) s'humanise, il devient oeil...

En effet, l'oeil perçoit la lumière d'une manière non pas linéaire mais logarithmique. Il perçoit des rapports de luminosité plutôt que des incréments. Imaginons une pièce où on allume une à une 16 lampes de même puissance. A la 16 eme l'oeil ne percevra pas pas une luminosité 16 fois supérieure entre la 1ere et 16 ème lampes, mais seulement 4 fois et qui plus est, la différence de luminosité entre 1 et 2 lampes, 2 et 4 lampes, 4 et 8 lampes et 8 et 16 lampes est identique pour l’oeil...


Donc notre oeil perçoit plus les différences dans les basses et moyennes lumières que dans les hautes lumières, et cette perception s'effectue sous forme de rapport égaux déclenchée par des apports lumineux de plus en plus grand.


Du côté d’un capteur numérique, c’est une tout autre histoire, car il réagit d’une manière linéaire : plus il y a de lumière pluis la «tension» en sortie est importante. Si la lumière double, la «tension» de sortie double, et donc on va doubler aussi sa quantification numérique. ce qui a pour résultat que l'on va attribuer une grande quantité de bits pour les hautes lumières, et très peu pour les basses lumières et les intermédiaires. (entre le noir et le gris dans une capture linéaire sur 14bits, on va accorder 4% des 16384 valeurs, tandis qu’en log 10 bits cette plage va être représenté par 40% des 1024 valeurs )

Donc, en linéaire, (àl’inverse du film), adieu, les nuances, le subtil, les dégradés onctueux.



Ainsi donc une capture logarithmique va améliorer la dynamique du capteur ( on quantifie les données importantes, les blancs seront pas clippés, les noirs pas écrasés), et aussi l’ algorithmie du traitement du signal va donner de la réserve pour les blancs et les noirs noirs pour l'étalonnage. Car l’image obtenue est non saturée, non contrastée impropre à la vision. Il va falloir "étirer» les données via une LUT ou par les outils Lift/Gain/ Gamma d’un logiciel d'étalonnage. Car l’étalonnage est obligatoire. D’abord pour redonner du contraste et construire l'image avec une latitude sans commune mesure avec une image captée en lineaire (IUT 709). Ensuite, l'étalonnage (re)devient une étape décisive dans la finalisation d’une l’image, avec un matériau numérique qui est une veritable réserve de lumière.



Evidement le Canon 5D MKII encode en 4:2:0 / 8 bits, compresse en H264 et a une dynamique de 5 à 6 diaph, c'est à dire qu’il cumule tous les inconvénients !!!!! Donc sa capture logarithmique sera bien en deçà de la capture logarithmique d’une Viper, d'une Genesis, d'une F35 , d'une F3 , d'une Alexa ou d'une RED ( en post prod) car ces cameras ont déjà des dynamiques extrêmement élevés ( de l'ordre de 13 diagh hormis la F3) et la capture logarithmique se fait sur 10 bits, mais c’est toujours mieux qu’en linéaire.



En espérant que Canon intègre sur son futur 5D MKIII ou camera super 35 mm son propre mode logarithmique, une sorte de «C_Log". Dans cette attente mon Picture Profile est bloqué sur "Cine Style" car, la capture logarithmique, fait la part belle aux tons intermédiaires, aux basses lumières, tout en maitrisant les hautes lumières, c'est a dire le fondement de la subtilité. De la beauté.


www.technicolor.com/CineStyle.


mardi 10 mai 2011

Affiche(s)


Deux affiches se font concurrence dans le métro Parisien. L'une pour l'organisme "Visit Finland' et l'autre pour le 64 eme Festival de Cannes. L’affiche pour «Visit Finland» utilise des photo N & b du photographe Américain, né en Helsinsky Finlande, Arno Rafael Minkkinen. Magnifique travail de composition, d'éclairage, de tirage. Photographies empreintes d’âme, d'une grande force esthétique, d’une pureté éclatante.

A côte de ces oeuvres exposées dans les galeries souterraines du métro, l’affiche du Festival de Cannes fait pâle figure, peine à se montrer. C'est l'esthétisme bourgeois dans toute sa splendeur, sa pédanterie, sa pesanteur. C'est une création infertile, inerte, qui n'émeut pas, car construite sur l'absence. Une création issue de la marchandise et non du désir. Une affiche qui reflète bien ce Festival de Cannes, un festival de produits et non de films, un festival de pellicule mais pas d'image. Alors, par la Finlande, je me laisse envahir. Envelopper.


www.arno-rafael-minkkinen.com

dimanche 1 mai 2011

Silence visuel



Une journée sans voir. Vivre une journée de silence visuel. Pas d'image. Juste le noir. Le silence. Ne pas voir. Etre en soi. Se voir, en intérieur. Dans l'obscurité caressante. Se mouvoir dans l'absence d'image. Se nourrir du noir. Etre dans son vide. Ascèse mémorielle. Ne pas se souvenir. Ou juste des formes. Des ombres. De la laitance de la lumière. Effleurer la lumière. Imaginer le blanc. Se détacher de la perception. Pour renaître aux couleurs.

vendredi 22 avril 2011

Le Cloud Computing, la lumière numérique



Avec le Cloud Computing, les données sont partout, elles nous entourent, coulent, fluides de nos corps numériques, ondes nous enveloppant. Nuées rêveuses dans lesquelles nous nous mouvons sans ombres. Représentation Zen de nos données : elles sont a la fois partout et nulle part. En permanente absence, en perpétuelle présence. Oscillation.


Véhiculées par des ondes électromagnétiques, comme la lumière mais dans un spectre différent, le Cloud Computing est la lumière numérique. Source de vie, processus de transformation. Au travers de sa photosynthèse numérique il transforme nos données en connaissances, énergie vivante de nos échanges, terreau de nos créations.


L'ubiquité est immanente au Cloud Computing, elle fait de nous des êtres en éveil, car le Cloud Computing dissocie la notion de stockage et de traitement, alors nos données comme nos rêves peuvent être vécues sans réalité.