dimanche 8 août 2010

La lumière est chair



J'avais une vision purement technologique de la qualité d'exposition m’imaginant que l'exposition matricielle du niveau d'un Canon 5D MK II serait quasi parfaite. Mais aussi évolué soient ils, les posemètres mesurant en lumière réfléchie ne savent pas ce qu'ils voient. Que ce soit en photographie ou avec le zébra d’une caméra, ils voient mais ne ressentent pas.


Pour eux le monde est en gris et la base des algorithmes d’analyse a pour référence la réflexion d’un ton moyen, neutre, a mi chemin entre le noir et le blanc : le (fameux) gris neutre a 18 %. Ils excellent quand la scène photographiée à une répartition homogène des tons. L’exposition calculée est une moyenne ; le rendu est donc moyen. Lisse.Plat. Consensuel. Il plait par son absence de déséquilibre. Tout y est. Tout est montré. Obscénité.

Et pour peu qu’il y est des zones blanches et/ou noires, celles ci seront rendu plus gris pour le blanc, moins noir pour le noir. On s’habitue aux mensonges.


Bien que j’étais déjà revenu à une mesure avec prépondérance centrale pour avoir à minima une exposition plus modelée (mais sur les posemètres intégrés, la zone de mesure dépend de la focale utilisée) en approfondissant l ‘étalonnage des caméra RAW, je me suis dis que l’achat d’un posemètre/spotmeter à main devenait une nécessité. Un besoin.


Mes premiers essais en mesure incidente furent une révélation.

Je ne pensais pas que ce type de mesure (on mesure la lumière tombant sur l’objet à photographier et non la lumière réfléchie par cet objet) pouvait être aussi radical dans l'esthétisme.


La matière a un velouté, une présence, une attente troublante. Une texture aux confins de la réalité. Une offrande au regard. Ce regard qui ne se pose plus, mais caresse. La lumière est chair. C’est la lumière du sens. De la sensation. De l’émotion.


Certaines photos ressemblent aux tableaux de l'Ecole Hollandaise du 17ème siècle. Cette école de l’ombre et de la lumière se poursuit dans la mesure en lumière incidente, car on y découvre (par ce type de mesure et la précision du posemètre) l’incroyable versatilité de la lumière : un léger décalage dans l’endroit de la mesure, et on se retrouve sur/sous exposé. Il faut percevoir la lumière pour la mesurer.

Pas de miracle donc, la mesure en lumière incidente reste un outil qu’il faut maîtriser par un lent apprentissage, une grande modestie. Le pinceau ne fait pas le peintre.


L’étrange beauté n’est pas dans la moyenne mais dans la singularité. La mesure en lumière réfléchie (excepté faite celle réalisée sur un gris à 18%) ne peut offrir qu’un rendu mécanique, une sensation abandonnée de toutes singularités, de toutes altérités. Une émotion sans déraison.


Mais voila, la lumière est création. Et de l’exposition à l'étalonnage on se doit d’être à la hauteur de cette ambition. S’engager. Prendre parti. Combattre. Redevenir peintre.




Nos aubes vous oublieront.

lundi 26 juillet 2010

Le flou de la Redoute


Je feuilletais récemment le Catalogue de la Redoute. Dans la partie habillement, les mannequins Hommes et Femmes sont photographiés avec une faible profondeur de champs, ils se détachent sur un fond flou (rues, café, ..). Mais ce flou n’a pas d’apport esthétique, il n’est que technique, normatif. Pure artifice. Il ne construit pas, ne structure pas. Il est vide. L’image est transparente. Elle est marchande.


En écho de «Peinture / Photographie / Film « de Laszlo Moholy-Nagy résonne Ombre / Forme / Flou / entrelacs mirifique, trinité merveilleuse, lacis enchanteurs où passent et repassent mes photographies. Sans fin. Le flou est de l’ordre du regard. Du désir. Il doit être travaillé, ciselé. Patiné. Changer de diagramme, de distance focale, de mise au point. La matière sur laquelle il s'applique doit être choisie, repérée, étudiée, tout ne se prête pas au flou, ultime refuge de la vision.




Nous ferons taire la nuit.

mercredi 7 juillet 2010

Dichotomie de l'émotion



J'ai étalonné dernièrement le film de James Nicholson " Nobody Knows My Name". C’est la seconde fois que je travaille pour ce jeune réalisateur franco-américain dont les images, sa manière de filmer m'avaient tout de suite attiré. C’est est si rare ce talent de cadrage, de composition. D'avoir créé sa propre écriture cinématographique, sans artifice technique ou d'effet. Une écriture au service du sens.


Dans Nobody Knows My Name (un docu fiction sur un membre des Black Panthers qui en 72 détourna sans violence un avion vers l'Algérie et qui depuis plus de 35 ans vit en exil en France), vers la fin du film, le personnage principal regarde Paris depuis les hauts de Belleville, une larme coule sur sa joue.


Quand le film a été projeté à l'Elysée Biarritz, cette image m'a émue.

Mais au temps de l'étalonnage pas d'émotion ; pourtant je l'ai vu plus d’une vingtaine de fois ; pourtant en l'étalonnant j'ai peaufiné son rendu pour que la lumière contribue à cette émotion. Mais à ce moment là l’image n’était que lumière, matière. Elle n’était qu’image et non sensation. Plus tard lors de la projection elle sortira de sa gangue technique pour devenir émotion.


Etrange dichotomie qui a la fois sépare et assemble, éloigne et rapproche. Plaisir de vivre cela.



Nous sommes les descendants de nos futures visions



jeudi 1 juillet 2010

L’iPhone, le Leica du numérique



Apple, en 1994 avec la gamme QuickTake s’est essayé, sans succès, au marché de la photographie numérique grand public. Avec l’iPhone (le 3GS et maintenant le 4) Apple trace (sans trop le savoir !!) le chemin de la Nouvelle Photographie en associant matériel et applications.


Le numérique ne signifie pas que numérisation du média mais aussi, mais surtout, logiciel. C'est a dire traitement de l'information. L’iPhone propose une base matérielle (photographique + communication) pilotée par des applications offrant un environnement créatif sans précédent.


Mon iPhone n’est pas «un» appareil photo mais plusieurs :

«Joiner Camera» pour faire des collages dadaïstes temps réel et du bout des doigts, «Snapy» pour déclencher sur un mouvement et développer une esthétique du filé, «iMotion» pour développer celle du stop motion....

Sans compter les possibilités de communication permettant des cadavres exquis planétaires mélangeant photographies, mots, sons, comme un peu ce que propose «Collage Fantasy» qui fait de l’iPhone un outil du hasard, un outil Dadaïste.


Comme le Leica M en son temps, par son petit format, créa une nouvelle vision, une nouvelle esthétique, l’iPhone est en train de créer une nouvelle photographie par son intégration numérique.


Bien sûr la "photo" traditionnelle n'est pas (encore) morte et coexiste mais le processus est engagé et dans 30 ans nous regarderons les canon 5D MK II ( et les autres ) comme aujourd'hui on regarde les chambres photographiques de Daguerre et les cameras 35mm à manivelle : comment pouvait-on faire des photos ou des films avec "ça" ??


Depuis Daguerre on prenait des photographies aujourd'hui avec l'iPhone on capture l'instant. Et nous passons ainsi de la lumière à la création.




Nos images aveuglantes ne nous méprisaient pas.

dimanche 27 juin 2010

L’avant garde du passé



Le Studio Harcourt met en ligne ces prestigieux (dixit le www.monde.fr) portraits. Franchement les portraits Harcourt c’est le label Qualité France des films des années 50, la photographie percluse de tradition, l’avant garde du passé.


Le design de la vidéo proposant ces portraits est pathétique : tout empreinte d’un obséquieux esthétisme, qui se veut élitiste mais qui n’est que l’expression de stéréotypes du beau de la Bourgeoisie où rien ne bouge. Rien ne vit.


Ces portraits dégagent un incroyable immobilisme dans la composition, une extraordinaire nécrose de l’expression artistique, une fantastique sclérose de la création.

On peut gausser à satiété sur la qualité de la lumière, la mise en scène qui font la griffe des Studios Harcourt, de donner dans le «révéler à la lumière la quintessence de l’âme» ou «inventer l’invisible» (extraits du site d’Harcourt www.studio-harcourt.fr), les portraits Harcourt ne relèvent pas de la photographie mais de son absence.


Dans nos veines coulent nos rêves.

mardi 15 juin 2010

Mauvais temps sur l’Image


Apres le Festival de Cannes et Rolland Garros et avant le Tour de France, la Coupe du Monde de Football, c’est mauvais temps sur l’Image tous les jours.


Un mois de photo de visages en sueur. De bouches vociférantes. De mains levées. De figures peinturlurées. De bouches criantes. De houle de la foule. De la couleur. Du gros plan. De la double page. Du ralenti. Du portrait.


Il n’y a pas de "culture foot" (une de Télérama), ou de Foot attitude, la glorification de l'effort, la célébration des sports de masse, le culte de la personnalité ( Z.Zidane) sont les ingrédients de l’Image qui contrôle la pensée, asphyxie la volonté et l'apanage des Sociétés Totalitaires ou du moins Policières.


Le déluge d'images dirigées ne relève plus du ««Reichsministerium für Volksaufklärung und Propaganda» de J.Goebbels, mais c'est plus pernicieux : maintenant c’est cool de communier dans l’effort pour la Nation, et d’ailleurs nos «Bien Pensants» ne font pas la fine bouche, ne froncent pas les sourcils, ne se bouchent pas le nez devant cette Image au service du comportement, à cette occlusion de la pensée par l’Image oblitérante.

Pourtant, les mêmes sont bien prompt à faire de Leni Riefenstahl le parangon de la compromission de l’Image et de la Politique. Leni Riefenstahl, avait au moins (hélas) du talent par rapport à nos faiseurs d'image d’aujourd’hui.


A nos yeux fatigués nous léguerons nos souvenirs.

dimanche 6 juin 2010

Enter the color


Je ne suis pas attiré par les couleurs mais par leurs usages. Pourtant, ou à cause de cela, j’ai été voir «Enter the Void» de Gaspar Noé.

Des longueurs (beaucoup). Des faiblesses (beaucoup). Des facilités (beaucoup). Mais indubitablement une écriture de peintre narratif.


Ici le flou devient un élément constitutif de la narration. (Quel beau plan que celui où Linda apprend la mort de son frère). Un flou, mais pas seulement celui de la profondeur de champs, un flou total, maîtrisé, qui donne à voir.

Et la couleur, manège des regards, chemin de sensations. Pourquoi n'accepterions pas cette vision, cette déclinaison du Fauvisme dans le Cinéma ? Le réel devrait il être la réalité ?

Dans cet univers pictural, étonnement, la bande son m’a semblé toujours être présente, accompagnant le regard, sans l'interrompre, se faufilant entre les couleurs, le son coulant de séquence en séquence.


Film peinture, la post production représente les 2/3 des effectifs, d’une manière identique à «Avatar», les images captées ne sont que de la matière, le support pour peindre l’image. Dans «Enter the Void», la veille écriture cinématographique de la sémantique des valeurs des plans, du triptyque champs / contre champs / plan de coupe est brutalement effacée, mortellement blessée par la couleur et le flou.

Certainement, même à l’heure du numérique, cette écriture désuète aura une longue agonie, mais, on le voit, son renouvellement est déjà annoncé. Et sa fin est inéluctable. Elle périra.