lundi 15 avril 2013
Digital Road Movie
Les annonces de BlackMagic Design au NAB 2013 ont de quoi énerver... Ils annoncent la Black Magic Production 4K /global shutter/ capteur S35 alors que la BCC que je viens d'avoir, après six mois d'attente, a un capteur plus petit (plus grand que le S16 / plus petit que le 4:3).. Donc à titre personnel, je suis un peu frusté ; mais cette caméra d'une telle qualité à 3000 euros, c'est encore un coup de maitre. Pour me consoler je pense à ceux qui ont investis dans une C300 ou même une C100 ils ont de quoi déprimés :-), déjà que la BCC que j'ai, surpasse en qualité la C300...
L'autre annonce de BlackMagic qui énerve, c'est celle de la Pocket Camera une BCC miniaturisée avec un capteur S16. Personnellement je suis enchanté de cette annonce et j'en ai deja pré-commandé une, mais elle doit énerver les Canon, les Nikon, les Panasonic, les Sony... Même format, même dynamique RAW et PRO RESS QT Log, le tout sur cartes SDHX avec un prix a 900 euros, voila qui redéfinit le segment de camera légère et ouvre l'ère du S16 numérique, du digital road movie. Couplé avec un MacBook Pro Retina qui avec sa puissance permet le montage et l'étalonnage, voila le studio nomade, l'image on the road. Ce n'est plus la caméra au poing, je vois / je filme mais camera à l'âme, je ressens / je filme. Il est fort à parier que cette camera va être l'outil d'un renouveau cinématographique et elle en parfait accord avec la démarche L.E.S.S.
Les grands constructeurs se sont enkystés dans leur marketing avec l'obsession de la segmentation et de leur surenchère technologique pour créer de nouvelles sources de business (le 3D, le 4K), ils manquent depuis bien longtemps d'imagination, et ont abandonnés le désir de créer des outils, pour se suffire de vendre des produits. Pour les constructeurs de caméra de cinema, le marché du prosumer, le documentaire, l'institutionnel ne les intéressent pas (pourtant pendant longtemps Arriflex était le roi du 16 et du S16 en complément du 35). Il aura fallu, comme Apple en son temps à lancer le Macintosh, qu'un outsider créatif et osons le mot, visionnaire, comme Black Magic Design pour apporter aux gens d'image (du moins une partie !) leurs outils de création.
Avant de partir sur la route avec cette Pocket Camera, je continue l'exploration de la BCC. Si elle simple d'usage il faut maitriser son exposition, les "trucs" de sa mise en oeuvre, l'étalonnage des rushes en terme de qualité, les workflows. Je serai fin prêt pour assurer la formation prévue avec 5Formation du 10 au 14 juin avec un design du support de formation très "constructiviste" pour être en phase avec cette caméra de/pour l'avant garde ! :-))
D'ici là je me repaît de la beauté des images de la BCC, une beauté émouvante qui caresse l'âme, et avec laquelle le N&B devient somptueux, surpassant la réalité.
Site de 5Formation : http://www.5formation.com
L.E.S.S ; http://blognotedunvideaste.blogspot.fr/2011/11/less-leger-engage-sobre-subtil.html
mardi 2 avril 2013
La peau, enfin...
Depuis une semaine la BlackMagic Cinema Camera trône chez moi...premières images....des d'images d'essais pas encore des image de sens, mais déjà éblouit par les résultats... La Black Magic a une dynamique impressionnante (13 EV annoncé, 10 assurés) et grâce au 422 10 bit Pro Ress HQ ou Raw, une latitude phénoménale à l'étalonnage, les masques HSL qui se font comme par magie (noire bien sûr !), et une peau qui est enfin une peau.....
ll y a de l'Apple dans cette camera, quant a son ergonomie : 4 menus avec 5 items chacun. Rien d'autre, mais il y a tout.
La BCC n'est pas exempt de défauts : tous les objectifs EF ne sont pas compatibles, batterie un peu faible, écran peu visible, saisie laborieuse des meta data, obligation d'ajout de poignée entre autre... mais avoir cette qualité d'image pour 2500 euros cela vaut le coup de passer outre ces défauts qui sont pour la plupart des défaut de jeunesse du produit.
Le plus grand regret est que la BCC ne sera jamais une caméra d'épaule, même avec de dispendieux rigs, dans ce domaine le seul recours possible serait qu’AATON sorte une D Minima....
Loin des tests bricolés, des laborieux comparatifs, des discussions sans fin des forums, un chef opérateur américain, Ryan E. Walters, qui utilise et maîtrise 3 caméras (ALEXA / RED / BCC), indique sur son blog que pour lui la matière, la texture de l’image de la BCC est proche de celle de l’ALEXA, un beau compliment pour cette caméra...
Dans le domaine du film institutionnel, où petitement j'oeuvre, le Canon 5D MKII avait donné la profondeur de champs à ces films a petit budget apportant une nouvelle esthétisme. La Black Magic Cinema Camera ouvre un nouvel univers créatif, et avec sa texture d'image proche du celle du cinema, l'humain va s'en trouvé mise en valeur..
Le blog de Ryan E. Walters qui regorge d'informations techniques, d'explications sur l'exposition, la dynamique des capteurs, de profils Sekonic et plein d'autres choses ! : http://www.ryanewalters.com
La photo est de Sébastien Godefroy
dimanche 20 janvier 2013
La caméra dans les étoiles
Dans le numéro de Télérama du 5 janvier 2013 (1) JP Beauviala parle de sa nouvelle caméra Aaton Penelope. On y apprend que le capteur qui équipe cette caméra est réalisé par une société canadienne dont les capteurs équipent les sondes Curiosity de la Nasa pour explorer Mars, la Nasa devant avoir une grande précision dans la colorimétrie...
La Black Magic Camera a aussi un capteur qui a un rapport avec les étoiles, car utilisé dans une gamme de téléscopes. Jolie filiation, du ciel à la terre, de la lumière morte des étoiles à celle vivante de la terre, que nous captons du même regard.
Dans les années 80 on parlait des caméras Aaton dans "Les Cahiers du Cinema" ( à relire les fameux entretiens entre Beauviala et Godard au sujet de l'Aaton 8/35 dans les Cahiers du Cinéma N° 348 et 350 de 1983 ), aujourd'hui c'est dans Telerama.... étrange glissement du cénacle de la Nouvelle Vague, à l’agora 2.0 du web...
(1) http://www.telerama.fr/cinema/aaton-la-camera-qui-redonne-du-grain-aux-images,91462.php
dimanche 23 décembre 2012
Le cinéma de Raymond
Il y a 2 ou 3 ans voulant filmer New York, j'avais voulu visionner le "New York" de Raymond Depardon. Ne le trouvant pas d'une manière unitaire, j'avais du acheter le pack complet "Depardon Cinéaste" chez Arte Video...... Quelle déception au visionnage de ce film : 9 mins / 3 plans / Départ de Manhattan en fin de journée par le Roosevelt Island Tramway / Interminable plan fixe de gens dans la rue/ Retour Manhattan par le Roosevelt Island Tramway de nuit. Et la voix off de Depardon qui nous apprend qu’il n’est pas arrivé à filmer cette ville. et qu’il n'a conservé que ces plans...Ces 3 plans qui pour les critiques intello-cinephiles étaient sublimes, of course.
J’ai pris en grippe ce coffret et ne l'ai plus consulté, jusqu'à dernièrement à la suite de «Lettres d’amour en Somalie" de F Mitterrand, j’ai regardé « Empty quarter / Une femme en Afrique « de Raymond Depardon, ce film me semblait en résonance avec celui de F Mitterrand. Divine surprise, le visionnage de ces images fut une révélation. Si Je n’aimais pas le cinéma de Depardon, (trop de flagorneries culturo-intellectuelles, trop d'encensement aveugle, trop de maniérisme), le cinéma de Raymond est beau et attirant.
Pourquoi filmer en Afrique ? pour l'ombre assurément, le lacis des pénombres...
Le cinema de Raymond n’est pas celui de la narration, il est celui de la lumière. La lumière est au service de la narration. La narration est la ponctuation de la lumière, des pénombres, des interstices lumineux, des glissements d’obscurité. Ses films ne sont pas à regarder, mais a ressentir, à percevoir. A regarder avec l'âme.
Elle. Elle s’appuie sur la jeep. Ensablée. Elle. Elle est verticale. La jeep est penché vers l'avant. Tout est immobile. La composition est celle d'une photographie. D'un tableau. Seule la robe bouge au vent. Doucement. Et ce mouvement est celui du sens.
dimanche 11 novembre 2012
Lettres d'amour en cinéma
Revu avec délice "Lettre d'amour en Somalie" de Frederic Mitterrand. Plusieurs délices se mélangeant.
Celui du 16mm, sa restitution de la dynamique de la scène, sa matière colorée et dense, ses écarts de balance des blancs.
Celui de la beauté de l'écriture, si émouvante et pourtant sans pathos.
Celui de la voix de F. Mitterrand nasale et lente, voix maîtrisée mais où parfois l'émotion du réel effleure la narration, échos subtils du souvenir.
Celui de l'entrelacs de deux malheurs celui d'un pays et celui d'un amour perdu.
Celui d'un cinéma pur, qui loin des mouvements de camera alambiqués (tyrannie actuelle du slider, de la grue et du drone) se construit avec de large aplats de plans fixes, à la parfaite composition, où nul ennui survient, car les mots et l'image, se donnent, s'offrent au regard, à la pensée. Car le plan fixe est à la prise de vue ce que le cut est au montage, la pureté extreme de l'expression, la forme du juste regard.
Celui de la voix off, une scansion continue et changeante, enveloppante de présence, cette présence qui fait de nous ce pays, qui fait de nous cette douleur.
Celui du mélange d'écritures, celle des mots et celle des images, tissages des sensations, intrication des sentiments.
dimanche 2 septembre 2012
Route One / France
J'ai revu " Route One / USA" de Robert Kramer. Réactiver mon regard. Revenir aux sources. Se ressourcer. Un peu de désespérance aussi à voir qu’en 22 ans, l'Amérique ( le monde ?) n'a pas réellement changé : misère, ségrégation sociale, WASP dominateurs, conservateurs fanatiques, travail aliénant.... Mais ce qui est poignant c'est les rencontres de ces pépites Humaines qui, dans la fange du Monde Capitaliste, font briller la solidarité, l'espoir, l'entraide, le partage, et si le monde ne changera pas, du moins elles auront ouvert des brèches de bonheur, apporté des brisures de lumière.
Beauté des plans et beauté de l'image. Filmé avec une Aaton super 16 (et gonflė en 35 MM), l'argentique nous offre sa grande dynamique, et surtout et surtout sa matière. Cette espèce de densité de lumière, ce coulis de couleurs, cette viscosité de la réalité, qui rassasie le regard. Image organique, minérale, vivante, porteuse d'émotion. L'image numérique reste, à mes yeux, moins goûteuse, plus rêche, plus sèche.
En comparaison le film " La pluie et le beau temps» d’Ariane Doublet (film qui fait partie de sa belle «Suite Normande «) tourné en XDCAM je suppose, offre une image vide, voire distante alors que l'on filme des gens, leur histoire. Au delà de l'absence de profondeur de champs et de la faible dynamique, cette image vidéo semble plate, frêle, fragile ; on ne la croit pas capable d'étayer le propos, de soutenir l'histoire. Comme une absence elle se greffe sur le regard. Le média et l'image sont intimement liés, leur union est la matière du regard.
Par curiosité et intérêt j'ai regardé, analysé «Route One / Usa» sous Résolve 9 ( bien que sachant que j’étais loin, très loin des originaux...).
Mon premier étonnement est qu’aucune balance des blancs est juste. Ce n'est pas des gros écarts, juste une petit dominante, mais face à la précision chirurgicale que l'on peut avoir en étalonnage numérique, cela surprend....et quand je la rétablis et bien 8 fois sur 10 le décalage était plus plaisant ! Comme quoi l'imprécision est porteuse d'esthétisme...
Autres étonnement, l’image très peu saturée et pourtant les couleurs ont une belle présence. Jamais de noirs écrasés, jamais de blancs clippės ( le wavefom du 5D souvent me désole, car la moindre d'erreur donne des noirs écrasés), et puis des niveaux jamais élevé toujours autour de 70% (est ce le processus de masterisation ? ) et pourtant l'image n'est pas sombre et contrastėe juste ce qu'il faut....
Du mal à revenir au 5D....peut être que la BMD ou la C100 (à défaut d'Alexa !!!! ) me soulagera de ce spleen argentique ?
Avec l'ami Raymond (Depardon) un parcours en France, se solde par des belles photos léchées, faites à la chambre grand format. Un rien figé, un rien maniérė, la Touche Culturelle Française je suppose, cette espèce de suffisance Française qui voit le monde au travers d’un désir esthétique prétentieux et donneur de leçon... Contraste avec «Route One», vision dynamique d'une société, analyse en mouvement, sans pédantisme. Montrer. Juste montrer. Bâtir la réalité à partir du regard et non de son interprétation. Donner à voir l'illusion du monde, et non donner l'illusion de voir le monde. Peut être aussi que si il y avait 5000 km entre le nord et le sud de la France, nous aurions des Kramer plutôt que des Depardon. À nous de tracer cette route d'images.
jeudi 9 août 2012
Simple is beautiful
Le blog de de Frédéric Kroutchev «Planet Photo» est une véritable mine pour voir le travail de centaines de Photographes... Au hasard de la découverte j'en choisis un, puis un autre, et puisque encore un autre, comme une dégustation de grand crus, on goute, et parfois le palais s’émerveille et les saveurs restent...C'est ainsi que j'ai découvert Nick Brandt un photographe animalier qui photographie en noir et blanc au Pentax 67 avec deux focales fixes. Ce dénuement technologique, cet engagement pour être au contact, donnent des photographies d'animaux émouvantes, touchantes qui tiennent plus du portrait humain que de la photographie animalière. Troublant.
Autre découverte Vivian Maier qui durant les années 50 faisait du «street photography" avec son Rolleiflex bi objectifs. Inconnue jusqu'à sa découverte récente et par hasard (achat lors d'une vente aux enchères, pour une bouchée de pain, de plusieurs millier de négatifs) de son travail au regard si humain ; on la devine légère dans les rues, presque transparente. (L’usage même du Rolleiflex fait que ses portraits sont en légère contre plongée, renforçant, sans excès, la dramaturgie de la prise de vue.)
Simple is beautiful pourrait le point commun à ces 2 photographes. Loin du Leica M 9, du Fuji X Pro 1, du Sony Nex 7, estampillés appareils à « street photography», Vivian Maier shootait avec son gros Rolleiflex bi objectif. Et Nick Brandt, loin des téléobjectifs sophistiqués de 600 ou 800mm stabilisés, des boitiers 24x36 avec des modes rafale à 12 images/s, fait des portraits animaliers avec un 6x7 et des petits télés.
Dans un autre ordre d'idée un archer Coréen, Im Dong-Hyun, quasiment aveugle ( 1/10 à l’oeil gauche et 2/10 à l’oeil droit ) arrive à un niveau international bien qu'il voit la cible comme un tableau impressionniste, des masses de couleur aux contours flous qui s’entremêlent, comme si la visée ne dépendait pas du regard, mais d'une perception intérieur du centre.
Du juste.
Du juste.
Le regard photographique c'est peut être cela, voir avec son âme, percevoir avec son désir. Alors, l'outil photographique peut être simple.
Le blog de Frédéric Kroutchev
http://theworldofphotographers.wordpress.com
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